Le roman se déroule sur environ quarante-huit heures, dans l'espace resserré d'une maison bourgeoise de Rome. Il s'organise autour de quatre figures : Mariagrazia, veuve sur le déclin, son amant Leo Merumeci, dont elle dépend financièrement et qui s'intéresse à sa fille, et les enfants, Carla et Michele. Le récit, à la troisième personne, suit alternativement leurs points de vue, avec une grande économie de moyens : peu de décors, des dialogues serrés, un sens aigu du détail matériel (argent, hypothèque, vêtements). Michele cherche à ressentir quelque chose, mais ne trouve pas la force d'agir ; Carla se laisse emporter par le même fatalisme. C'est l'impossibilité de la révolte qui structure le livre.
Le roman, publié aux frais de l'auteur, connaît un vif succès dès sa parution et impose Moravia comme un jeune auteur majeur, avant d'être traduit en plusieurs langues. Il est lu comme une peinture sans complaisance de la bourgeoisie italienne de l'entre-deux-guerres. Le livre a connu deux adaptations au cinéma : un film franco-italien de Francesco Maselli (1964), avec Claudia Cardinale et Rod Steiger, puis un autre en 2020.
Les Indifférents appartient aux premiers romans qui disent l'ennui et l'aliénation comme des faits sociaux, bien avant l'existentialisme. Il fixe pour toute l'œuvre de Moravia ses thèmes — l'argent, le désir, la lâcheté, la passivité — et sa manière d'écrire sans pathos. Le portrait d'une société qui se regarde s'effondrer sans réagir garde une force particulière, d'autant que son auteur avait à peine plus de vingt ans.