Le roman est un récit à la troisième personne centré sur Marcello Clerici. Il alterne la vie adulte du personnage — mariage, voyage et mission à Paris — et la remontée vers un épisode d'enfance qui explique son besoin de se conformer. La structure suit donc moins la chronologie que le travail de la mémoire et de la culpabilité. Moravia s'intéresse moins au fascisme comme système qu'à la façon dont l'individu y trouve un refuge : il y voit un moyen d'échapper à l'« intolérable sentiment d'être différent des autres ». Le ton est sobre, analytique, sans pathos.
Le roman est publié en 1951, au moment où Moravia est au sommet de sa notoriété ; il s'inscrit dans le débat italien sur la mémoire du fascisme. L'adaptation de Bernardo Bertolucci (1970), avec Jean-Louis Trintignant, a considérablement élargi son audience et reste l'une des grandes réussites du cinéma italien des années 1970, même si le film s'écarte du livre sur plusieurs points.
Le Conformiste pose une question qui n'a rien perdu de son actualité : pourquoi des individus ordinaires adhèrent-ils à un régime autoritaire ? Moravia répond par la psychologie plus que par l'idéologie, et refuse la facilité du monstre : son personnage est un homme banal. Cette lecture, que le film de Bertolucci a prolongée, en fait un texte de référence pour qui veut comprendre le rapport entre normalité, peur et soumission.