Le roman est un monologue à la première personne : Riccardo Molteni raconte lui-même ce qu'il vit et s'interroge. La narration s'appuie sur de petits indices du quotidien — un geste, un ton, un silence — pour montrer l'érosion du lien conjugal. Autour du couple, Moravia place Battista, producteur grossier mais puissant, et Rheingold, réalisateur cultivé, qui prépare un film sur l'Odyssée. Le parallèle avec Ulysse et Pénélope donne au récit une dimension mythique, que Riccardo discute avec le réalisateur : le roman devient aussi une réflexion sur l'interprétation, sur la lecture d'Homère et sur l'incompréhension entre les êtres.
Le livre est un succès et sera traduit dans de nombreuses langues. Il doit en partie sa notoriété durable à l'adaptation de Jean-Luc Godard (1963), avec Brigitte Bardot dans le rôle d'Emilia, Michel Piccoli dans celui de Riccardo, et le cinéaste Fritz Lang dans son propre rôle. Le film, souvent rattaché à la Nouvelle Vague, a contribué à la notoriété du livre.
Le Mépris est l'un des romans les plus lus de Moravia parce qu'il accomplit, sur un sujet universel — comment un amour s'éteint —, une analyse minutieuse, qui évite le mélodrame. Il y fait dialoguer littérature, cinéma et mythe, ce qui lui donne une place à part dans la réflexion sur le travail créateur à l'ère du cinéma. Le livre se lit vite, mais laisse un malaise durable.