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ŒUVRE N° 1773 — ROMAN — ITALIE — 1827

Les Fiancés

1827 · Roman · Alessandro Manzoni
En Lombardie, au XVIIe siècle, deux jeunes paysans veulent se marier, mais un seigneur local s'y oppose.
Pourquoi le lire — Renzo et Lucia, deux jeunes fileurs de soie des environs de Lecco, devaient se marier ; le seigneur Don Rodrigo l'interdit, et un curé trop craintif n'ose pas s'y opposer. De cette querelle d'apparence mince, Manzoni tire un vaste tableau de la Lombardie sous domination espagnole, vers 1628–1630 : émeute du pain, enlèvement, repentir d'un bandit, peste. Avec un narrateur ironique et des personnages inoubliables, il écrit le roman fondateur de la prose italienne moderne.

Contexte d'écriture § 01

  • Avril 1821 Manzoni commence la rédaction à partir d'un édit de 1627 sur les devoirs des curés en matière de mariage ; la première version, Fermo et Lucia, est achevée en septembre 1823 et ne sera publiée qu'en 1916.
  • 1823–1825 Il remanie son texte, change le titre en Les Fiancés et en reprend la langue, trop mêlée de lombardismes et de tournures françaises.
  • 1827 La première édition, dite Ventisettana, paraît à Milan en trois volumes.
  • 1827 Manzoni séjourne en Toscane pour réviser sa langue d'après le florentin cultivé, démarche qu'il résume par l'image de rincer son linge dans l'Arno.
  • 1840–1842 L'édition définitive, la Quarantana, paraît par livraisons, illustrée par Francesco Gonin.

Structure § 02

Le roman compte trente-huit chapitres et s'ouvre sur une feinte : le narrateur déclare retranscrire un manuscrit anonyme du XVIIe siècle, qu'il commente avec ironie. L'intrigue suit deux fils : Renzo, qui fuit à Milan où il se trouve pris dans l'émeute du pain, puis Lucia, enlevée avec la complicité de la religieuse de Monza. Autour d'eux : Don Rodrigo, le seigneur tyrannique ; Don Abbondio, le curé craintif ; le frère Cristoforo ; la religieuse de Monza ; l'Innommé, brigand repenti. Dans la dernière partie, la peste de 1630 disperse les personnages et en emporte plusieurs, puis rend possible leurs retrouvailles. Manzoni entremêle des digressions historiques à l'action.

Réception § 03

Le roman est accueilli en 1827 avec un grand succès, et son auteur est placé au premier rang de la littérature italienne. Goethe compte parmi ses premiers admirateurs, et la comparaison avec Walter Scott est constante, même si Manzoni s'intéresse moins à l'aventure qu'aux conséquences morales de l'histoire. Les deux éditions, 1827 et 1840–1842, font l'objet d'un débat linguistique durable : la seconde fixe un italien proche du florentin cultivé, qui s'impose dans les écoles. Le livre est considéré comme le texte fondateur de la prose italienne moderne, et est souvent décrit comme l'ouvrage le plus lu de la langue italienne.

Pourquoi il compte encore § 04

Les Fiancés est lu et enseigné en Italie depuis près de deux siècles, au point que Don Abbondio ou l'Innommé font partie de la mémoire commune. Le roman montre comment l'histoire se joue chez les petits : ce sont les gens ordinaires qui subissent la bêtise des puissants, la famine et la peste, et ce regard compassionnel a ouvert la voie au roman réaliste. Umberto Eco y voit l'archétype du roman historique. À lire pour le plaisir de l'ironie manzonienne, la finesse psychologique et la page sur la peste.