La tragédie compte cinq actes en vers non rimés. Le comte de Carmagnola, qui a quitté le service du duc de Milan pour celui de Venise, remporte la bataille de Maclodio (1427), mais le Sénat vénitien, qui le soupçonne de complaisance envers l'ennemi, l'attire à Venise, le fait arrêter et le condamne à mort ; il est exécuté en 1432. Manzoni n'observe ni l'unité de temps ni l'unité de lieu : l'action traverse plusieurs années et passe de Venise au camp. À la fin du deuxième acte, un chœur, détaché de l'intrigue, déplore la guerre entre Italiens : l'auteur y parle en poète, non par la bouche d'un personnage.
La pièce, premier drame historique de Manzoni, suscite un débat en Italie et au-delà : elle viole ouvertement les règles classiques, et le milieu littéraire milanais se divise entre classiques et romantiques. Goethe en donne un compte rendu élogieux, et la Lettre à M. Chauvet, écrite en français, porte la querelle vers la France. Le texte est plus apprécié à la lecture qu'à la scène : la tragédie est longue, abstraite, et le chœur lyrique ralentit l'action. Elle demeure pourtant un document majeur de l'histoire du romantisme italien et un jalon dans l'itinéraire de Manzoni vers Adelchi.
Le Comte de Carmagnola montre comment Manzoni conçoit l'histoire : non comme une toile de fond, mais comme un champ de décisions humaines où le pouvoir se justifie par la raison d'État et où l'individu paie le prix. On y trouve déjà ce qui fera la force des Fiancés : un regard moral sur le pouvoir, une attention aux vaincus, une langue sobre. Pour qui lit Manzoni en entier, c'est la pièce où il fixe sa théorie du drame historique, plus que sa plus belle réussite scénique.