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ŒUVRE N° 1771 — THÉÂTRE — ITALIE — 1820

Le Comte de Carmagnola

1820 · Théâtre · Alessandro Manzoni
Une tragédie historique sur un capitaine de fortune du XVe siècle, condamné par Venise.
Pourquoi le lire — Un général qui a donné la victoire à Venise est soupçonné de la trahir, attiré dans un piège et condamné à mort : Manzoni transforme un épisode du XVe siècle en tragédie sur la raison d'État et la confiance trahie. La pièce est aussi un manifeste, puisqu'elle rejette les unités classiques de temps et de lieu et confie à un chœur lyrique le soin de commenter l'action. C'est la meilleure introduction au théâtre romantique italien, et à la façon dont Manzoni pense l'histoire.

Contexte d'écriture § 01

  • Sujet Manzoni écrit une tragédie en vers tirée de l'histoire de Francesco Bussone, dit le Carmagnola, capitaine de fortune d'abord au service des Visconti de Milan, puis de Venise.
  • 1820 La pièce paraît à Milan, précédée d'une préface où Manzoni justifie son refus des unités de temps et de lieu.
  • 1820 Dans la même année, il rédige en français la Lettre à M. Chauvet pour défendre ce choix ; elle ne sera publiée qu'en 1823.
  • 1820 Goethe en rend compte avec faveur, ce qui donne à la pièce un écho européen.

Structure § 02

La tragédie compte cinq actes en vers non rimés. Le comte de Carmagnola, qui a quitté le service du duc de Milan pour celui de Venise, remporte la bataille de Maclodio (1427), mais le Sénat vénitien, qui le soupçonne de complaisance envers l'ennemi, l'attire à Venise, le fait arrêter et le condamne à mort ; il est exécuté en 1432. Manzoni n'observe ni l'unité de temps ni l'unité de lieu : l'action traverse plusieurs années et passe de Venise au camp. À la fin du deuxième acte, un chœur, détaché de l'intrigue, déplore la guerre entre Italiens : l'auteur y parle en poète, non par la bouche d'un personnage.

Réception § 03

La pièce, premier drame historique de Manzoni, suscite un débat en Italie et au-delà : elle viole ouvertement les règles classiques, et le milieu littéraire milanais se divise entre classiques et romantiques. Goethe en donne un compte rendu élogieux, et la Lettre à M. Chauvet, écrite en français, porte la querelle vers la France. Le texte est plus apprécié à la lecture qu'à la scène : la tragédie est longue, abstraite, et le chœur lyrique ralentit l'action. Elle demeure pourtant un document majeur de l'histoire du romantisme italien et un jalon dans l'itinéraire de Manzoni vers Adelchi.

Pourquoi il compte encore § 04

Le Comte de Carmagnola montre comment Manzoni conçoit l'histoire : non comme une toile de fond, mais comme un champ de décisions humaines où le pouvoir se justifie par la raison d'État et où l'individu paie le prix. On y trouve déjà ce qui fera la force des Fiancés : un regard moral sur le pouvoir, une attention aux vaincus, une langue sobre. Pour qui lit Manzoni en entier, c'est la pièce où il fixe sa théorie du drame historique, plus que sa plus belle réussite scénique.