Pourquoi le lire — Alessandro Manzoni (Milan, 1785–1873) est l'auteur du roman le plus lu de la littérature italienne, Les Fiancés, dont il réécrit la langue pendant près de vingt ans. Petit-fils du philosophe Cesare Beccaria, formé à Paris dans le milieu des idéologues, converti au catholicisme en 1810, il écrit aussi des hymnes sacrés, deux tragédies historiques et l'ode Le Cinq mai. On le lit pour l'ironie de son narrateur, pour sa manière de rendre l'histoire à hauteur d'hommes ordinaires, et pour la place qu'il occupe dans l'invention de l'italien moderne.
Biographie § 01 — le parcours
- Origines Naît à Milan le 7 mars 1785. Sa mère, Giulia Beccaria, est la fille de Cesare Beccaria, auteur du Traité des délits et des peines ; ses parents se séparent vers 1791.
- Formation Élevé dans des collèges religieux : chez les Somasques à Merate puis à Lugano, puis chez les Barnabites au collège Longone de Milan, à partir de 1798.
- 1805 — Paris Rejoint sa mère à Paris, fréquente le salon de Sophie de Condorcet et les « idéologues », et se lie avec l'helléniste Claude Fauriel, qui devient son guide littéraire.
- 1808–1810 — mariage et conversion Épouse Henriette Blondel à Milan le 4 septembre 1808. En 1810, à Paris, il se réfugie dans l'église Saint-Roch lors des fêtes du mariage de Napoléon et vit l'épisode comme un signe : il embrasse la foi catholique.
- 1812–1822 — les Hymnes sacrés Compose ses hymnes sur les grandes fêtes de l'année liturgique, qui marquent son entrée en poésie religieuse.
- 1820–1822 — le théâtre Publie les tragédies Le Comte de Carmagnola (1820) et Adelchi (1822) ; en 1821, la mort de Napoléon lui inspire l'ode Le Cinq mai.
- 1821–1827 — Les Fiancés Commence en avril 1821 la première version de son roman, Fermo et Lucia, achevée en 1823 puis remaniée ; la version publiée en 1827 s'intitule Les Fiancés.
- 1827–1842 — la langue Séjourne en Toscane en 1827 pour « rincer son linge dans l'Arno » : il remanie l'italien du roman d'après le florentin cultivé. L'édition définitive paraît en 1840–1842.
- 1833–1837 — deuils et remariage Perd sa première épouse en 1833, puis épouse Teresa Borri en 1837.
- 1860 — sénateur Nommé sénateur du royaume de Sardaigne, au moment de l'unification italienne.
- 1873 — mort Son fils aîné meurt le 23 janvier 1873 ; Manzoni meurt à Milan d'une méningite le 22 mai. Verdi compose en sa mémoire son Requiem (1874).
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
Le Comte de Carmagnola (1820) — Première tragédie historique de Manzoni : un capitaine de fortune du XVe siècle, au service de Venise, est soupçonné de trahison et condamné. La préface rejette les unités classiques de temps et de lieu.
Adelchi (1822) — Tragédie en vers sur la chute du royaume lombard devant Charlemagne : Adelchi, fils du roi Didier, et sa sœur Ermengarde incarnent des vaincus que le destin broie malgré leur noblesse.
Les Fiancés (1827) — Roman historique situé en Lombardie sous domination espagnole, vers 1628–1630 : Renzo et Lucia, deux jeunes paysans, veulent se marier contre la volonté d'un seigneur, puis la peste les disperse.
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Manzoni a donné à l'Italie un roman national, à une époque où le pays n'existait pas encore comme État. Les Fiancés reste l'ouvrage de prose italienne le plus lu, étudié à l'école ; Umberto Eco y voit l'archétype du roman historique. Sa réécriture sur le florentin cultivé, et sa conviction que l'unité de la langue devait précéder celle du pays, ont pesé sur l'italien écrit.
Au théâtre, il rejette les unités classiques de temps et de lieu au nom d'une tragédie fidèle à l'histoire, et il introduit le chœur lyrique, qui commente l'action en poète. Il est l'une des figures centrales du romantisme italien, tout en gardant une inspiration chrétienne et une retenue qui le distinguent de ses contemporains européens.
Style § 04 — à quoi s'attendre
Une prose limpide, ironique, qui entremêle récit, réflexion morale et commentaire historique. Le narrateur de Les Fiancés feint de réécrire un manuscrit anonyme du XVIIe siècle et ne cesse de commenter, avec une ironie douce, la lâcheté des puissants, la peur du curé Don Abbondio ou la crédulité des foules. Les tragédies sont en vers, plus lyriques que théâtrales, et gagnent à être lues plutôt que jouées.
Par où commencer : directement par Les Fiancés, de préférence dans une traduction récente, en acceptant les digressions sur la famine de Milan et la peste, qui comptent parmi les plus belles pages. Les tragédies Adelchi puis Le Comte de Carmagnola viennent ensuite, pour le lecteur curieux du théâtre romantique.