Pourquoi le lire — Frappé par une grave crise morale et sentimentale, Valéry renonce à l'écriture poétique à vingt-cinq ans pour se consacrer à la connaissance de soi et du monde, rédigeant chaque matin des Cahiers qui ne seront publiés qu'après sa mort. Ce n'est qu'en 1917, sous l'influence de son ami Gide, qu'il revient à la poésie avec La Jeune Parque — vingt ans de silence poétique suivis d'un chef-d'œuvre immédiat.
Biographie § 01 — le parcours
- Origines Né le 30 octobre 1871 à Sète, petit port méditerranéen où son père est douanier, d'origine corse ; sa mère est génoise.
- La formation Étudie chez les dominicains à Sète puis le droit à Montpellier ; jeune homme timide, se lie d'amitié avec les écrivains Pierre Louÿs et André Gide.
- 1894-1896 — Monsieur Teste S'installe à Paris et commence la rédaction de La Soirée avec Monsieur Teste, double littéraire d'un intellect presque désincarné, publié en 1896.
- Le renoncement À la suite d'une grave crise morale et sentimentale, décide de renoncer à l'écriture poétique pour se consacrer à la connaissance de soi et du monde.
- 1900 — Édouard Lebey Devient secrétaire particulier du directeur de l'agence Havas, poste qu'il occupe vingt-deux ans, tout en consacrant ses matinées à la rédaction de ses Cahiers, journal intellectuel resté inédit de son vivant. La même année, épouse Jeannie Gobillard.
- 1917 — le retour à la poésie Sous l'influence de Gide, revient à l'écriture poétique avec La Jeune Parque, long poème de cinq cents vers qui lui prend environ quatre ans — succès immédiat.
- 1920 — Le Cimetière marin Publie ce second grand poème, à peine trois ans après le premier.
- 1921 — l'Académie française Élu à l'Académie, où il prononce en 1927 l'éloge de son prédécesseur Anatole France sans jamais prononcer son nom.
- Un interlocuteur des grands esprits de son temps Sa curiosité intellectuelle et la profondeur de ses réflexions en font un interlocuteur de Raymond Poincaré, Louis de Broglie, Henri Bergson et Albert Einstein.
- 1941 — l'Occupation Devenu directeur de l'Académie française, refuse de collaborer et prononce l'éloge funèbre de « Bergson le juif », acte salué comme un geste de courage et de résistance, qui lui coûte son poste d'administrateur du centre universitaire de Nice.
- 1945 Meurt le 20 juillet à Paris, quelques semaines après la fin de la guerre, la même semaine où s'ouvre le procès Pétain ; des funérailles nationales sont organisées à la demande de Charles de Gaulle, et il est inhumé à Sète, dans le cimetière marin qu'il avait célébré dans son poème.
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
Le Cimetière marin (1920) — Le meilleur point d'entrée : sa méditation métaphysique la plus célèbre, face à la mer de Sète, sur le lien entre corps et conscience.
La Jeune Parque (1917) — Considéré comme son plus grand poème, fruit de quatre ans de travail et vingt ans de silence poétique.
Cahiers (posthume) — Son journal intellectuel, rédigé chaque matin pendant plus de quarante ans, publié seulement après sa mort.
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Valéry incarne une figure singulière dans la littérature française : celle du poète qui renonce vingt ans à l'écriture poétique pour se consacrer à l'exploration méthodique de sa propre conscience, avant d'y revenir porté par une maîtrise et une profondeur rares. Sa poésie, tout comme sa prose, explore inlassablement le fonctionnement de la conscience et l'interaction entre sensation, mémoire, imagination et raison — des préoccupations nourries par une fascination pour les mathématiques, la physique et la philosophie qui traverse toute son œuvre. Ses Cahiers, tenus quotidiennement sur plus de quarante ans mais publiés seulement après sa mort, offrent un témoignage sans équivalent sur le travail intérieur d'un esprit qui n'a jamais cessé de s'observer lui-même. Son courage sous l'Occupation, lorsqu'il rend hommage publiquement à Bergson au prix de son propre poste, fait de lui l'une des consciences morales autant qu'intellectuelles de son époque.
Style § 04 — à quoi s'attendre
Une poésie d'une exigence formelle et intellectuelle rare, où chaque vers semble porter le poids d'une réflexion philosophique approfondie sur la conscience, le corps et le temps — un art poétique qui se refuse à toute facilité et récompense une lecture patiente et attentive. Le Cimetière marin, avec ses vingt-quatre sizains organisés comme une méditation métaphysique en quatre actes dramatiques, illustre parfaitement cette ambition. Pour un premier contact, Le Cimetière marin offre l'entrée la plus autonome et la plus fréquemment étudiée ; La Jeune Parque, plus longue et plus dense, demande un engagement de lecture à la mesure de sa réputation de chef-d'œuvre absolu.
Citations célèbres § 05
- « Le vent se lève !… Il faut tenter de vivre ! »