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FICHE N° 0050 — LITT. FRANÇAISE — MODERNISME — XIXe-XXe S.

André Gide

1869 – 1951 · France · Langue française
Romancier, essayiste et moraliste — prix Nobel 1947, cofondateur de la Nouvelle Revue Française, mis à l'Index par l'Église catholique un an après sa mort.
Pourquoi le lire — Élevé dans le puritanisme protestant d'une famille huguenote, Gide rompt avec cette éducation après une rencontre avec Oscar Wilde et un voyage initiatique qui l'amènent à vivre ouvertement son homosexualité — un choix qui traverse toute son œuvre. Exilé en Tunisie durant l'Occupation, il y termine Thésée et se lie d'amitié avec l'écrivain algérien Jean Amrouche, avec qui il joue aux échecs chaque jour.

Biographie § 01 — le parcours

  • Origines Né le 22 novembre 1869 à Paris, dans une famille protestante, riche et intellectuelle ; son père, professeur de droit, meurt alors qu'André n'a que onze ans.
  • La jeunesse Perturbée par le puritanisme de son milieu ; se lie d'une amitié intense avec Pierre Louÿs, tente de s'intégrer au milieu littéraire post-symboliste.
  • La rupture Une rencontre avec Oscar Wilde et un voyage initiatique en Afrique du Nord le font rompre avec le protestantisme de son enfance et vivre ouvertement son homosexualité.
  • 1897 — Les Nourritures terrestres Publie ce texte qui passe d'abord relativement inaperçu, avant de devenir, à partir des années 1920, le bréviaire d'une génération entière de jeunes lecteurs.
  • 1908-1909 — la NRF Cofonde la Nouvelle Revue Française, qui unit les écrivains progressistes français jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.
  • Les années 1920 — l'engagement anticolonial S'engage publiquement contre les politiques coloniales françaises à travers Voyage au Congo et Retour du Tchad, l'une des critiques les plus retentissantes du colonialisme par un écrivain français de l'époque.
  • 1925 — Les Faux-Monnayeurs Publie ce qu'il considère lui-même comme son seul véritable roman, révolutionnant la conception traditionnelle du genre.
  • 1936 Tenté un temps par le communisme, revient déçu d'un voyage en URSS et publie Retour d'U.R.S.S., critique du stalinisme.
  • 1942 — la Tunisie Contraint à l'exil par l'Occupation allemande, s'installe en Tunisie jusqu'à la fin de la guerre ; s'y lie d'amitié avec l'écrivain algérien Jean Amrouche, avec qui il joue aux échecs chaque jour, et achève Thésée, dernière œuvre publiée de son vivant.
  • 1947 — le Nobel Reçoit le prix Nobel de littérature, consacrant une œuvre déjà couverte de gloire malgré une relative mise à l'écart de la vie littéraire d'après-guerre.
  • 1951 Meurt le 19 février à Paris ; l'année suivante, l'Église catholique place l'ensemble de ses œuvres à l'Index des livres interdits.

Œuvres essentielles § 02 — par où commencer

L'Immoraliste (1902) — Le meilleur point d'entrée : un homme, guéri d'une grave maladie, découvre une soif de vivre qui le conduit à remettre en question toute la morale qu'on lui avait enseignée.
Les Faux-Monnayeurs (1925) — Le seul texte que Gide considérait lui-même comme un véritable roman — une construction éclatée qui interroge sans cesse la frontière entre l'original et la copie.
La Symphonie pastorale (1919) — Son livre le plus lu : le conflit entre morale religieuse et sentiments, à travers l'histoire d'un pasteur et d'une jeune aveugle qu'il recueille.
Voyage au Congo (1927) — Son engagement le plus direct contre le colonialisme français, né d'un voyage qui bouleverse son regard sur l'Afrique.

Bibliographie complète § 03 — une sélection

  • Les Cahiers d'André Walter (1891)
  • Les Nourritures terrestres (1897)
  • L'Immoraliste (1902)
  • La Porte étroite (1909)
  • Les Caves du Vatican (1914)
  • La Symphonie pastorale (1919)
  • Voyage au Congo (1927)
  • Les Faux-Monnayeurs (1925)
  • Retour d'U.R.S.S. (1936)
  • Journal, 1889-1939 (1939)
  • Thésée (1946)

Apport § 04 — ce qu'il a changé

Gide explore inlassablement l'amour, la sexualité, la religion, l'identité et la morale, imposant l'idée que la sincérité de l'individu doit primer sur la conformité aux normes collectives — une pensée qui influence en profondeur toute une génération d'écrivains de l'entre-deux-guerres, André Malraux voyant en lui « le contemporain capital ». Militant pour les droits des personnes homosexuelles à une époque où cette prise de position était hautement controversée, il explore ouvertement la sexualité dans son œuvre. Les Faux-Monnayeurs, son unique roman selon ses propres critères, révolutionne la conception traditionnelle du genre romanesque par sa narration non linéaire et ses scènes discontinues, questionnant sans relâche la frontière entre l'original et la copie — aussi bien dans l'intrigue des fausses pièces d'or que dans le portrait des sentiments de ses personnages. Son Journal, tenu sur plus de soixante années, offre un témoignage unique et sans équivalent sur les crises morales et les expériences d'une conscience en perpétuelle interrogation.

Style § 05 — à quoi s'attendre

Une prose simple mais ironique, qui explore les relations humaines et les ambiguïtés morales sans jamais trancher définitivement en faveur d'une réponse univoque — on lui reproche parfois une certaine préciosité, mais cette élégance stylistique sert toujours une pensée qui refuse le confort des certitudes reçues. Ses récits mettent souvent en scène des personnages tiraillés entre le désir et le devoir, la sincérité et l'apparence, dans une tension jamais résolue qui invite le lecteur à sa propre réflexion morale. Pour un premier contact, L'Immoraliste offre l'entrée la plus resserrée et la plus accessible ; Les Faux-Monnayeurs, son texte le plus complexe, demande une disponibilité de lecture à la mesure de son ambition formelle.

Citations célèbres § 06

  • « On ne peut pas à la fois être sincère et le paraître. » (L'Immoraliste)
  • « Moins le blanc est intelligent, plus le noir lui paraît bête. » (Voyage au Congo)