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FICHE N° 0141 — LITT. NORVÉGIENNE — XIXe-XXe S.

Knut Hamsun

1859 – 1952 · Norvège · Langue norvégienne
Romancier — prix Nobel 1920, pionnier du roman moderne norvégien avec Faim, dont l'héritage littéraire majeur demeure durablement assombri par son soutien affiché au nazisme durant la Seconde Guerre mondiale.
Pourquoi le lire — Né dans une extrême pauvreté et quasiment privé d'éducation formelle, Hamsun bouleverse en 1890 la littérature scandinave avec Faim, roman d'une intériorité radicalement nouvelle qui préfigure le roman psychologique du XXe siècle. En 1920, il reçoit le prix Nobel de littérature pour L'Éveil de la glèbe, son œuvre la plus aboutie, avant que son adhésion ultérieure au nazisme durant la Seconde Guerre mondiale n'entache durablement sa réputation et sa postérité.

Biographie § 01 — le parcours

  • Origines Né le 4 août 1859 à Lom, dans le Gudbrandsdal, en Norvège, au sein d'une famille pauvre ; déménage vers l'âge de trois ans dans le Nordland, au-delà du cercle polaire arctique, sur la ferme d'un oncle plus aisé.
  • Une enfance sans école Grandit dans une quasi-absence d'éducation formelle, la nature grandiose du Nordland laissant une empreinte durable sur son imaginaire littéraire.
  • Les débuts et les voyages américains Commence à écrire à dix-neuf ans alors qu'il est apprenti cordonnier à Bodø, puis travaille durant une décennie comme ouvrier occasionnel, effectuant deux séjours aux États-Unis, où il occupe divers emplois précaires, souvent dans une grande pauvreté.
  • 1890 — Faim Publie ce roman semi-autobiographique consacré à la déchéance d'un jeune écrivain affamé, largement considéré comme le premier roman moderne de la littérature norvégienne, dont l'intériorité radicale et les techniques narratives novatrices annoncent le roman psychologique du XXe siècle.
  • 1892-1898 — la maturité littéraire Publie coup sur coup Mystères, Pan puis Victoria, confirmant sa réputation de romancier majeur de la littérature scandinave de son temps.
  • 1917 — L'Éveil de la glèbe Publie son chef-d'œuvre, vaste fresque épique consacrée au travail de la terre et à l'interdépendance entre l'homme et la nature, qui exprime pleinement sa philosophie du retour à la terre et sa méfiance envers la civilisation moderne.
  • 1920 — le Nobel Reçoit le prix Nobel de littérature « pour son œuvre monumentale, L'Éveil de la glèbe », devenant le second lauréat norvégien après Bjørnstjerne Bjørnson en 1903.
  • L'engagement controversé Manifeste, en raison d'une admiration ancienne pour l'Allemagne et sa culture, une sympathie ouverte pour l'invasion nazie de la Norvège en 1940, position qui suscite la consternation de ses compatriotes et ternit durablement sa réputation.
  • L'après-guerre Est condamné après la guerre à la confiscation de ses biens et placé temporairement sous observation psychiatrique, terminant ses dernières années dans une relative pauvreté.
  • 1949 — Sur les sentiers où l'herbe repousse Publie ce dernier ouvrage, mêlant mémoires et plaidoyer personnel, alors que sa réputation reste profondément marquée par ses prises de position pendant la guerre.
  • 1952 Meurt le 19 février près de Grimstad, dans sa propriété de Nørholm, à quatre-vingt-douze ans.

Œuvres essentielles § 02 — par où commencer

Faim (1890) — Le meilleur point d'entrée : son roman de rupture, considéré comme le premier roman moderne norvégien, d'une intériorité radicalement novatrice pour son époque.
L'Éveil de la glèbe (1917) — Son chef-d'œuvre, qui lui vaut le prix Nobel, épopée du travail de la terre et de la relation entre l'homme et la nature.
Pan (1894) — L'un de ses romans majeurs de la première maturité, exploration de la solitude et de la nature sauvage du Nordland.
Victoria (1898) — Un roman d'amour d'une grande intensité lyrique, parmi ses œuvres les plus lues.

Apport § 03 — ce qu'il a changé

Second lauréat norvégien du prix Nobel de littérature après Bjørnstjerne Bjørnson, Hamsun bouleverse en 1890, avec Faim, le paysage romanesque scandinave alors dominé par le réalisme social, en imposant une littérature centrée sur l'intériorité radicale, la conscience fragmentaire et les états mentaux extrêmes d'un narrateur à la fois affamé et halluciné. Cette rupture formelle, saluée notamment par Isaac Bashevis Singer comme une préfiguration du subjectivisme moderne, fait de lui une figure de transition majeure entre le réalisme du XIXe siècle et le roman psychologique du XXe siècle, ouvrant la voie à des écrivains comme Kafka. Son œuvre ultérieure, marquée par une aversion profonde pour la civilisation moderne et une célébration constante du retour à la terre, trouve son expression la plus aboutie dans L'Éveil de la glèbe, véritable poème épique du travail agricole qui lui vaut le prix Nobel ; cette célébration de l'enracinement rural et cette méfiance envers la modernité, portées à l'excès, éclairent rétrospectivement l'adhésion controversée de Hamsun au nazisme durant la Seconde Guerre mondiale, épisode qui continue de compliquer profondément la réception de son œuvre et sa place dans l'histoire littéraire norvégienne.

Style § 04 — à quoi s'attendre

Une prose d'une intensité lyrique et impressionniste rare, portée par un art impulsif de la narration qui privilégie l'exploration de la conscience et des états psychologiques extrêmes sur le simple déroulement d'une intrigue conventionnelle. Cette écriture, qui distingue Hamsun du réalisme social alors dominant en Scandinavie, se déploie aussi bien dans l'errance mentale affamée du narrateur de Faim que dans la célébration épique et presque héroïque du travail paysan qui caractérise L'Éveil de la glèbe, unifiées par une même fascination pour les marginaux, les vagabonds et les figures en rupture avec la civilisation moderne. Pour un premier contact, Faim offre l'entrée la plus caractéristique de sa rupture formelle novatrice ; L'Éveil de la glèbe permet d'aborder pleinement l'ampleur épique de son œuvre couronnée par le Nobel.