Pourquoi le lire — Élevé dans une ferme de la campagne islandaise, écrivant déjà des histoires et des poèmes dès l'âge de sept ans, Laxness parcourt l'Europe et les États-Unis, traversant catholicisme puis socialisme, avant de revenir en Islande pour composer une œuvre qui renouvelle en profondeur le grand art narratif de son pays hérité des sagas médiévales. En 1955, il devient le premier et unique Islandais de l'histoire, toutes catégories confondues, à recevoir un prix Nobel.
Biographie § 01 — le parcours
- Origines Né Halldór Guðjónsson le 23 avril 1902 à Reykjavik, en Islande alors sous domination danoise ; ses parents s'installent à la campagne alors qu'il est encore très jeune, où il grandit dans la ferme familiale de la région de Laxnes.
- Une vocation précoce Commence à écrire des histoires et des poèmes dès l'âge de sept ans, entamant véritablement sa carrière d'écrivain en 1918, l'année même où l'Islande obtient son indépendance du Danemark.
- 1919 — les débuts et l'Europe Publie son premier livre, Enfant de la nature, et part pour l'Europe continentale sans avoir obtenu son diplôme d'études secondaires, subissant l'influence de l'expressionnisme et d'autres courants modernes en Allemagne et en France.
- 1923 — la conversion catholique Se convertit au catholicisme, adoptant à cette occasion le nom de Laxnes, lieu où il a grandi, et le prénom Kiljan, orthographe islandaise du martyr irlandais saint Killian.
- 1927 — Le Grand Tisserand du Cachemire Publie son premier roman majeur, consacré à un jeune homme déchiré entre sa foi religieuse et les plaisirs du monde, œuvre rebelle et expérimentale qui marque le début de sa dissociation du christianisme.
- 1927-1929 — les États-Unis et le socialisme Vit aux États-Unis, où il se tourne vers le socialisme, en partie sous l'influence de son ami Upton Sinclair rencontré en Californie, tout en tentant sans succès d'écrire des scénarios pour Hollywood.
- 1931-1935 — Salka Valka et Gens indépendants Publie, après son retour en Islande, Salka Valka, consacré au sort des travailleurs dans un village de pêcheurs, puis Gens indépendants, son grand roman sur un fermier pauvre luttant pour préserver son indépendance économique.
- 1937-1940 — La Lumière du monde Publie cette tétralogie consacrée aux luttes d'un poète paysan islandais.
- 1943-1946 — La Cloche d'Islande Publie cette œuvre historique influencée par la tradition des sagas médiévales islandaises.
- 1946 — la reconnaissance américaine Voit Gens indépendants sélectionné par le Book of the Month Club aux États-Unis, où le roman se vend à plus de quatre cent cinquante mille exemplaires.
- 1948 — La Station atomique Publie cet ouvrage polémique et engagé.
- 1955 — le Nobel Reçoit le prix Nobel de littérature « pour sa puissance épique vivante qui a renouvelé le grand art narratif de l'Islande », devenant le premier et unique Islandais de l'histoire, toutes catégories confondues, ainsi distingué.
- 1998 Meurt le 8 février près de Reykjavik, à quatre-vingt-quinze ans.
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
Gens indépendants (1934-1935) — Le meilleur point d'entrée : son roman le plus célèbre, consacré à un fermier pauvre luttant pour préserver son indépendance économique.
Salka Valka (1931-1932) — Son roman consacré au sort des travailleurs dans un village de pêcheurs islandais.
La Lumière du monde (1937-1940) — Sa tétralogie consacrée aux luttes d'un poète paysan islandais.
La Cloche d'Islande (1943-1946) — Son œuvre historique majeure, influencée par la tradition des sagas médiévales.
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Premier et unique Islandais de l'histoire, toutes catégories confondues, à recevoir un prix Nobel, Laxness renouvelle en profondeur le grand art narratif islandais, hérité de la tradition médiévale des sagas, en le mettant au service d'une critique sociale résolument moderne et engagée. Sa trajectoire personnelle, qui le conduit du catholicisme au socialisme après un séjour déterminant aux États-Unis, imprègne directement une série de romans consacrés à la vie sociale islandaise, du sort des pêcheurs à celui des petits fermiers, dénonçant les injustices économiques de son pays depuis une perspective résolument populaire et compassionnelle. Considéré par la critique islandaise comme l'héritier direct de Snorri Sturluson, l'auteur médiéval de la saga de Njáll, et placé au rang des plus grands écrivains mondiaux aux côtés de Cervantès, Zola, Tolstoï et Hamsun, il demeure l'essayiste le plus prolifique et le plus habile de toute la littérature islandaise, ancienne et moderne.
Style § 04 — à quoi s'attendre
Une « puissance épique vivante », selon les termes mêmes du jury du Nobel, capable de renouveler le grand art narratif de l'Islande en l'ancrant fermement dans les réalités sociales et économiques du XXe siècle, tout en conservant l'ampleur et la gravité de la tradition des sagas médiévales. Cette écriture, empreinte d'une compassion profonde pour les petites gens, les pêcheurs et les fermiers pauvres, allie un réalisme social mordant à une capacité remarquable à peindre les paysages et les décors islandais, sans jamais perdre de vue que la compassion demeure, selon les mots mêmes de la présentation de son Nobel, la source de la plus haute poésie. Pour un premier contact, Gens indépendants offre l'entrée la plus caractéristique et la plus universellement lue de son œuvre ; Salka Valka permet d'aborder pleinement sa dimension de romancier social des communautés de pêcheurs islandaises.