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FICHE N° 0074 — LITT. IRLANDAISE — XIXe-XXe S.

George Bernard Shaw

1856 – 1950 · Irlande/Royaume-Uni · Langue anglaise
Dramaturge — prix Nobel 1925, seul écrivain à avoir jamais reçu à la fois un Nobel et un Oscar, pour la même pièce, Pygmalion.
Pourquoi le lire — Quand l'Académie suédoise le contacte en 1925, Shaw tente humblement de refuser l'argent du prix, estimant gagner déjà assez de sa plume : « Je peux pardonner à Alfred Nobel d'avoir inventé la dynamite, mais seul un démon sous forme humaine pouvait inventer le prix Nobel. » Quatorze ans plus tard, il devient le seul écrivain à avoir jamais reçu à la fois un Nobel et un Oscar, pour l'adaptation cinématographique de Pygmalion.

Biographie § 01 — le parcours

  • Origines Né le 26 juillet 1856 à Dublin, benjamin de trois enfants d'un marchand de grains peu prospère et d'une chanteuse ; grandit dans une pauvreté distinguée, marquée par l'alcoolisme de son père.
  • 1876 — Londres S'installe à Londres à vingt ans ; cinq romans successivement refusés avant qu'il ne trouve sa voie.
  • Le critique S'établit dans les années 1880-1890 comme critique musical et théâtral de premier plan, devenant membre éminent de la Société fabienne, groupe de réflexion socialiste dont fait aussi partie Virginia Woolf.
  • 1891 — Ibsen Défenseur fervent du nouveau théâtre d'Ibsen, décide d'écrire lui-même des pièces pour illustrer sa critique de la scène anglaise.
  • 1898 Épouse Charlotte Payne-Townshend, publie son premier recueil de théâtre, Pièces plaisantes et déplaisantes.
  • 1912 — Pygmalion Écrit sa pièce la plus populaire et la plus rentable, l'histoire d'une fleuriste cockney transformée par un professeur de phonétique.
  • 1923 — Sainte Jeanne Écrit cette pièce l'année même de la canonisation de Jeanne d'Arc, texte qui emportera la décision du comité Nobel.
  • 1925 — le Nobel Reçoit le prix Nobel de littérature, deuxième lauréat irlandais après Yeats, « pour une œuvre marquée à la fois par l'idéalisme et l'humanité, dont la satire stimulante s'accompagne souvent d'une beauté poétique singulière » ; tente en vain de refuser l'argent du prix.
  • 1939 — l'Oscar Reçoit l'Oscar du meilleur scénario pour son adaptation de Pygmalion au cinéma, devenant le seul écrivain à avoir jamais reçu à la fois un Nobel et un Oscar.
  • 1943 Sa femme Charlotte meurt après quatre années de paralysie complète.
  • 1950 Meurt le 2 novembre à Ayot St Lawrence, en Angleterre, à quatre-vingt-quatorze ans, des suites d'une fracture de la cuisse survenue en tombant dans son jardin.

Œuvres essentielles § 02 — par où commencer

Pygmalion (1912) — Le meilleur point d'entrée : son chef-d'œuvre comique, une fleuriste cockney transformée par un professeur de phonétique, adaptée en comédie musicale sous le titre My Fair Lady.
Sainte Jeanne (1923) — La pièce qui lui vaut le Nobel, écrite l'année de la canonisation de Jeanne d'Arc.
L'Homme et le Surhomme (1902) — L'une de ses grandes « pièces à discussion », véhicule de sa pensée philosophique sur l'évolution créatrice.
La Profession de Mrs Warren (1893) — Sa première grande pièce de critique sociale, si controversée qu'elle fut longtemps interdite de représentation publique.

Bibliographie complète § 03 — une sélection

  • La Profession de Mrs Warren (1893)
  • Les Armes et l'Homme (1894)
  • Candida (1897)
  • L'Homme et le Surhomme (1902)
  • Major Barbara (1905)
  • Le Dilemme du docteur (1906)
  • Pygmalion (1912)
  • Maison des cœurs brisés (1920)
  • Sainte Jeanne (1923)

Apport § 04 — ce qu'il a changé

Considéré comme l'un des dramaturges de langue anglaise les plus importants depuis le XVIIe siècle, Shaw révolutionne le théâtre comique en y injectant systématiquement une critique sociale mordante — éducation, mariage, religion, gouvernement, système de santé, privilèges de classe. Ses « pièces à discussion » retiennent l'attention du public par la force de leur argumentation spirituelle plutôt que par l'intrigue traditionnelle, brisant délibérément les conventions du genre : dans Pygmalion, le mariage attendu entre Higgins et Eliza n'a jamais lieu, Shaw jugeant cette fin heureuse conventionnelle incompatible avec sa propre compréhension des conflits de classe. Membre fondateur de la London School of Economics, militant socialiste au sein de la Société fabienne, il refuse toute distinction officielle — y compris un siège au Parlement — sauf le Nobel, qu'il accepte finalement à contrecœur. Sa combinaison unique de comédie, de satire et de correction sociale donne à son théâtre une saveur inimitable qui influence durablement le théâtre anglophone du XXe siècle.

Style § 05 — à quoi s'attendre

Un esprit mordant et une joute verbale permanente, où chaque réplique sert à la fois le rire et l'argumentation intellectuelle — le théâtre de Shaw est avant tout un théâtre d'idées, où les personnages débattent de questions sociales avec une vivacité rare. Cette dimension didactique n'exclut jamais l'humour ni la satire, formant un équilibre singulier entre comédie et engagement politique. Pour un premier contact, Pygmalion offre l'entrée la plus légère et la plus universellement connue ; Sainte Jeanne, plus grave, permet d'aborder sa réflexion historique et morale dans un registre différent.

Citations célèbres § 06

  • « L'homme raisonnable s'adapte au monde. Celui qui est déraisonnable s'obstine à essayer d'adapter le monde à lui-même. Tout progrès dépend donc de l'homme déraisonnable. »