Le roman est raconté à la première personne par Peter Aaron, écrivain, ami de Benjamin Sachs, lui aussi écrivain. Aaron écrit contre la montre pour reconstituer, à partir de souvenirs et de documents, le parcours de Sachs : amitié avec Maria Turner, photographe inspirée de l'artiste Sophie Calle et qui suit des inconnus ; homicide commis en état de légitime défense, découverte d'une forte somme d'argent et d'un faux passeport, liaison avec Lillian Stern, puis passage à l'acte d'un homme qui s'attaque aux répliques de la statue de la Liberté sous le nom de « Fantôme de la Liberté ».
Le récit joue des témoignages contradictoires, et laisse une part d'incertitude sur les motifs de Sachs. Le livre s'inscrit dans l'histoire des États-Unis, de la statue de la Liberté à la figure du poseur de bombes isolé ; on a rapproché Sachs de Theodore Kaczynski, l'« Unabomber ».
Le roman a reçu en France le prix Médicis étranger en 1993 et il a consolidé la place d'Auster dans le public français. Après la Trilogie, abstraite et resserrée, Léviathan ancre ses questions dans une histoire américaine et dans des personnages plus incarnés, ce qui lui donne une ampleur nouvelle dans l'œuvre.
Parmi les titres d'Auster, Léviathan est l'un des plus souvent cités avec la Trilogie. Le personnage de Maria Turner, inspiré de Sophie Calle, a eu un prolongement : l'artiste a ensuite réalisé des œuvres d'après les consignes que le romancier avait prêtées à son héroïne.
Léviathan reste l'un des romans les plus accessibles d'Auster, et sans doute l'un des mieux construits. Il pose la question de l'engagement et de la violence sans en faire un manifeste, avec des personnages qu'on n'oublie pas, et la voix d'Aaron donne au livre une chaleur que la Trilogie ne cherchait pas. C'est une bonne deuxième lecture après Cité de verre, pour qui veut voir l'écrivain ancrer ses obsessions dans l'histoire américaine.