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ŒUVRE N° 1631 — ROMAN — ÉTATS-UNIS — 1992

Léviathan

1992 · Roman · Paul Auster
L'histoire d'un écrivain devenu terroriste, racontée par son meilleur ami : prix Médicis étranger.
Pourquoi le lire — Six jours avant que le roman ne commence, un homme est mort au bord d'une route du Wisconsin, déchiqueté par sa propre bombe. Peter Aaron, écrivain, comprend qu'il s'agit de son ami Benjamin Sachs et se met à raconter, vite, ce qu'il sait de lui, avant que le FBI ne propose sa version. Il y a une amitié, un accident, un basculement dans la clandestinité, un projet d'attentats contre des répliques de la statue de la Liberté. Auster mêle le roman d'amitié et le roman politique.

Contexte d'écriture § 01

  • 1985-1987 Auster publie la Trilogie new-yorkaise, qui lui apporte la reconnaissance.
  • 1989 Moon Palace paraît trois ans avant Léviathan.
  • 1992 Léviathan paraît aux États-Unis (Viking Press).
  • 1993 Édition britannique (Faber and Faber) ; le roman paraît en français chez Actes Sud et reçoit le prix Médicis étranger.

Structure § 02

Le roman est raconté à la première personne par Peter Aaron, écrivain, ami de Benjamin Sachs, lui aussi écrivain. Aaron écrit contre la montre pour reconstituer, à partir de souvenirs et de documents, le parcours de Sachs : amitié avec Maria Turner, photographe inspirée de l'artiste Sophie Calle et qui suit des inconnus ; homicide commis en état de légitime défense, découverte d'une forte somme d'argent et d'un faux passeport, liaison avec Lillian Stern, puis passage à l'acte d'un homme qui s'attaque aux répliques de la statue de la Liberté sous le nom de « Fantôme de la Liberté ».

Le récit joue des témoignages contradictoires, et laisse une part d'incertitude sur les motifs de Sachs. Le livre s'inscrit dans l'histoire des États-Unis, de la statue de la Liberté à la figure du poseur de bombes isolé ; on a rapproché Sachs de Theodore Kaczynski, l'« Unabomber ».

Réception § 03

Le roman a reçu en France le prix Médicis étranger en 1993 et il a consolidé la place d'Auster dans le public français. Après la Trilogie, abstraite et resserrée, Léviathan ancre ses questions dans une histoire américaine et dans des personnages plus incarnés, ce qui lui donne une ampleur nouvelle dans l'œuvre.

Parmi les titres d'Auster, Léviathan est l'un des plus souvent cités avec la Trilogie. Le personnage de Maria Turner, inspiré de Sophie Calle, a eu un prolongement : l'artiste a ensuite réalisé des œuvres d'après les consignes que le romancier avait prêtées à son héroïne.

Pourquoi il compte encore § 04

Léviathan reste l'un des romans les plus accessibles d'Auster, et sans doute l'un des mieux construits. Il pose la question de l'engagement et de la violence sans en faire un manifeste, avec des personnages qu'on n'oublie pas, et la voix d'Aaron donne au livre une chaleur que la Trilogie ne cherchait pas. C'est une bonne deuxième lecture après Cité de verre, pour qui veut voir l'écrivain ancrer ses obsessions dans l'histoire américaine.