Le récit est court et organisé en chapitres. Il suit Jonathan Noël, dont la vie, cinquante-trois ans, est d'abord résumée, avant que le récit ne se resserre sur le moment où un pigeon apparaît sur son palier. Cette présence, que le personnage ne peut plus ignorer, déclenche une succession de pensées et de gestes qui mettent à nu sa terreur de l'imprévu. Le style est sec et précis, avec une alternance de distance ironique et de compassion.
La nouvelle paraît en 1987 chez Diogenes, deux ans après Le Parfum : c'est le troisième ouvrage de Süskind, et le dernier avant L'Histoire de Monsieur Sommer (1991). Elle est traduite en français. Brève, elle se lit en une séance et se distingue du Parfum par son cadre resserré, un seul lieu, un seul personnage.
Le Pigeon montre un autre Süskind : moins spectaculaire que l'auteur du Parfum, plus intérieur. Le livre décrit, avec sobriété et un humour noir très discret, ce que devient une existence protégée de tout imprévu lorsque l'imprévu survient quand même. La fable est d'une grande économie de moyens et peut se lire comme une variation sur la solitude et la peur de vivre. Elle complète La Contrebasse et Le Parfum : trois récits d'hommes seuls, enfermés dans une idée fixe.