Le récit suit Giovanni Drogo, sous-lieutenant, depuis son arrivée au fort Bastiani jusqu’à une vieillesse précoce. Autour de lui se tiennent Ortiz, commandant en second, et des officiers dont chacun incarne une façon d’attendre. Le roman est divisé en courts chapitres qui rendent sensible l’écoulement du temps : des saisons, puis des années, passent sans événement notable. L’espace est limité — la forteresse, la route, le désert — ; les signes d’un possible ennemi apparaissent, puis s’effacent. Le ton, volontairement sobre, accentue le contraste entre la grandeur supposée de la mission et la monotonie des jours. L’allégorie est évidente, mais jamais lourde : tout repose sur le quotidien d’une garnison.
Le roman, publié en 1940, est considéré comme le chef-d’œuvre de Buzzati ; traduit en français dès 1949, il est devenu un classique international. Sa lecture a souvent été rapprochée de celle de Kafka, comparaison dont l’auteur se défendait. Valerio Zurlini l’a adapté en 1976, avec Jacques Perrin dans le rôle de Drogo, en tournant dans la citadelle de Bam, en Iran. Jacques Brel s’en est inspiré pour sa chanson Zangra (1962), et une adaptation théâtrale de Xavier Jaillard a été jouée au théâtre Petit-Hébertot.
Le Désert des Tartares parle de l’attente — ce que l’on remet à plus tard dans l’espoir d’un moment décisif — et chacun peut y reconnaître son propre rapport au temps. Sa force vient de son économie : un fort, un homme, un horizon. Il se lit à vingt ans comme un roman d’aventure manquée, à cinquante comme une méditation sur ce que l’on a laissé passer. Peu de livres sur le temps sont aussi simples et aussi durables.