Le roman suit Marianne, jeune fille pauvre dont l'histoire, racontée rétrospectivement sous la plume d'une comtesse âgée, séduit tour à tour les religieuses qui l'ont recueillie enfant, une dame rencontrée par hasard qui se comporte envers elle en véritable mère aimante et protectrice, et une jeune fille qui lui ressemble et se prend de sympathie pour elle. Ce sujet à la mode dans la littérature de son temps, celui d'une héroïne pauvre qui s'élève dans la société grâce à sa beauté et à sa vertu, permet à Marivaux de déployer la même finesse psychologique que dans son théâtre, appliquée cette fois à l'analyse d'une conscience féminine confrontée aux mécanismes sociaux de son siècle.
Le roman connaît un succès notable malgré son inachèvement et les longues interruptions de sa publication, sa fine analyse psychologique et sa description réaliste de la vie quotidienne étant saluées par les lecteurs de son temps, une réception qui préfigure l'intérêt renouvelé de la critique pour ce texte au fil des siècles suivants.
Le roman demeure une référence du roman-mémoires du XVIIIe siècle français, sa finesse psychologique continuant d'être étudiée comme un prolongement romanesque de l'art du marivaudage théâtral, appliqué cette fois à l'analyse d'une trajectoire sociale et sentimentale féminine.