IDLIBRIS L'encyclopédie mondiale des écrivains
Accueil › Écrivains › Marivaux
FICHE N° 0329 — LITT. FRANÇAISE — THÉÂTRE — XVIIIe S.

Marivaux

1688 – 1763 · France · Langue française
Dramaturge et romancier — inventeur du « marivaudage », auteur du Jeu de l'amour et du hasard.
Pourquoi le lire — Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux, né dans une famille bourgeoise parisienne, révolutionne la comédie de son temps par une analyse psychologique fine des sentiments amoureux naissants, donnant naissance à un style si particulier qu'il porte encore aujourd'hui son nom, le « marivaudage ». Auteur d'une trentaine de comédies pour les comédiens italiens et la Comédie-Française, dont Le Jeu de l'amour et du hasard reste la plus célèbre, il est aussi le romancier inachevé de La Vie de Marianne, avant d'être élu à l'Académie française en 1742.

Biographie § 01 — le parcours

  • Origines Naît le 4 février 1688 à Paris dans une famille bourgeoise, son père Nicolas Carlet occupant des fonctions administratives à la Monnaie de Paris, avant que la famille ne déménage à Riom, en Auvergne, où il grandit dans un environnement cultivé qui façonne sa sensibilité littéraire.
  • Les études et les salons Entreprend des études de droit à Paris qui lui permettent de fréquenter dès 1710 les salons parisiens, une expérience mondaine qui influence profondément son œuvre future et son goût pour l'observation fine des sentiments et des rapports sociaux.
  • 1720 — Arlequin poli par l'amour Connaît son premier véritable succès théâtral avec cette pièce jouée par les comédiens italiens de la troupe de Luigi Riccoboni, après l'échec de sa tragédie classique Annibal la même année, une expérience qui l'oriente définitivement vers la comédie.
  • Les comédies des années 1720 Écrit coup sur coup La Surprise de l'amour en 1722, La Double Inconstance en 1723, Le Prince travesti en 1724 et L'Île des esclaves en 1725, développant progressivement le style qui portera bientôt son nom.
  • 1726-1742 — La Vie de Marianne Rédige sur seize années ce roman-mémoires qui raconte l'ascension sociale d'une jeune fille pauvre grâce à sa beauté, sa vertu et l'amour qu'elle inspire, une œuvre qui restera finalement inachevée, comme Le Paysan parvenu, son autre grand roman.
  • 1730 — Le Jeu de l'amour et du hasard Crée le 23 janvier cette comédie en trois actes par la troupe du Théâtre-Italien, alors qu'il a déjà écrit et fait représenter une dizaine de pièces, un texte qui deviendra sa comédie la plus célèbre et la plus régulièrement jouée.
  • Le salon de Madame de Tencin Fréquente à partir de 1733 le salon de Claudine de Tencin, qui devient son amie et grâce à laquelle il est élu en 1742 à l'Académie française, une reconnaissance officielle qui couronne sa carrière littéraire.
  • 1763 — la mort Meurt le 12 février à Paris, laissant une œuvre théâtrale et romanesque qui, bien qu'appartenant chronologiquement au siècle des Lumières, s'en distingue nettement par son approche intimiste, privilégiant l'analyse psychologique des sentiments à la critique sociale directe que pratiquent des contemporains comme Voltaire.

Œuvres essentielles § 02 — par où commencer

Le Jeu de l'amour et du hasard (1730) — Le meilleur point d'entrée : sa comédie la plus célèbre, sur le déguisement amoureux entre maîtres et valets.
La Vie de Marianne (1731-1742) — Son grand roman-mémoires, inachevé, sur l'ascension d'une jeune fille pauvre.
L'Île des esclaves (1725) — Sa comédie philosophique, qui imagine un cadre utopique où les rôles sociaux s'inversent.

Apport § 03 — ce qu'il a changé

Marivaux déplace les lignes du sujet ordinaire des comédies de son temps, qui met généralement en scène l'affrontement de jeunes désirs et d'obstacles sociaux extérieurs, pour se concentrer sur la naissance même du sentiment amoureux chez des personnages qui ne se connaissent guère avant la pièce et doivent apprendre à reconnaître et à nommer ce qu'ils ressentent. Cette « surprise de l'amour », qui donne son titre à deux de ses pièces les plus célèbres, devient selon d'Alembert le sujet principal, voire unique selon ses détracteurs, de l'ensemble de son théâtre, donnant naissance au terme de « marivaudage » pour désigner ce jeu subtil de dialogues où se révèlent, sous le voile de l'esprit et de la coquetterie, des sentiments et des pensées cachées. Dans ses comédies philosophiques comme L'Île des esclaves ou La Colonie, il recourt à des cadres utopiques pour interroger les rapports sociaux de son temps, notamment la question de la place des femmes, sans jamais renoncer à la légèreté propre à son théâtre.

Style § 04 — à quoi s'attendre

Un style précieux et raffiné, jugé affecté par certains de ses contemporains, qui déploie une subtilité linguistique remarquable pour révéler les sentiments et les pensées cachées de ses personnages à travers des dialogues d'une grande finesse psychologique. Le Jeu de l'amour et du hasard, comédie sur la comédie, construit son intrigue autour des motifs rivaux de la naissance et du mérite, de l'apparence et de l'authenticité, alors que Silvia et Dorante, destinés l'un à l'autre sans se connaître encore, échangent leurs rôles avec leurs serviteurs pour s'observer plus à leur aise. Pour un premier contact, Le Jeu de l'amour et du hasard offre l'entrée la plus caractéristique et la plus jouée de son théâtre ; La Vie de Marianne permet de découvrir sa veine romanesque, plus sociale et plus réaliste.