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FICHE N° 0084 — LITT. ALGÉRIENNE — XXe S.

Rachid Mimouni

1945 – 1995 · Algérie/Maroc/France · Langue française
Romancier, vice-président d'Amnesty International — menacé de mort par les intégristes durant la décennie noire, mort en exil quelques années à peine après avoir fui l'Algérie.
Pourquoi le lire — Condamné à mort par les islamistes, sa sentence placardée dès 1992 à la mosquée près de chez lui, Mimouni s'exile au Maroc en décembre 1993 avec sa famille, après l'assassinat de son ami l'écrivain Tahar Djaout. Il meurt à quarante-neuf ans, deux ans plus tard, dans une chambre d'hôpital parisienne, d'une hépatite aiguë.

Biographie § 01 — le parcours

  • Origines Né le 20 novembre 1945 à Boudouaou, à trente kilomètres à l'est d'Alger, dans une famille de petits paysans pauvres ; surmonte une enfance maladive pour poursuivre des études supérieures.
  • Les études Obtient une licence en sciences commerciales à Alger en 1968, complète sa formation au Canada, puis enseigne à l'École supérieure de commerce d'Alger.
  • 1978 — le premier roman Publie en Algérie Le Printemps n'en sera que plus beau, histoire d'amour et de mort à la construction élaborée, située à la veille du déclenchement de la guerre d'Algérie.
  • 1982 — Le Fleuve détourné Publie directement à Paris ce roman qui marque un tournant stylistique radical vers une écriture puissante et violente, satire virulente des nouveaux maîtres de l'Algérie indépendante.
  • 1984 — Tombéza Pousse « beaucoup plus loin dans l'horreur », selon ses propres mots, avec ce roman qu'il qualifie lui-même de « roman noir ».
  • 1989 — L'Honneur de la tribu Connaît la pleine consécration littéraire avec ce roman publié en France, qui lui vaut le prix de la critique littéraire l'année suivante.
  • 1991 — La Ceinture de l'ogresse Reçoit le prix de la nouvelle de l'Académie française pour ce recueil de nouvelles.
  • L'engagement Occupe la fonction de vice-président d'Amnesty International, tout en devenant, en pleine décennie noire, une cible directe des groupes islamistes armés.
  • 1993 — l'exil Fuit l'Algérie pour le Maroc avec sa famille en décembre, après l'assassinat de son ami l'écrivain Tahar Djaout ; s'installe à Tanger, où il tient pendant deux ans des chroniques politiques hebdomadaires sur Radio Médi 1.
  • 1995 Meurt le 12 février dans une chambre d'hôpital à Paris, à quarante-neuf ans, des suites d'une hépatite aiguë.

Œuvres essentielles § 02 — par où commencer

Le Fleuve détourné (1982) — Le meilleur point d'entrée : un ancien combattant qu'on croyait mort revient au village et découvre, atterré, à quoi ressemble l'indépendance confisquée par de nouveaux maîtres.
Tombéza (1984) — Son « roman noir », le plus radical de son œuvre, né du viol d'une mère par un soldat colonial et de la monstruosité qui en résulte.
L'Honneur de la tribu (1989) — Le roman de sa consécration, qui installe définitivement Mimouni parmi les grandes voix de la littérature algérienne.
La Ceinture de l'ogresse (1991) — Son recueil de nouvelles couronné par l'Académie française, autre facette de son talent narratif.

Apport § 03 — ce qu'il a changé

Considéré comme l'une des voix les plus marquantes et les plus réalistes de la littérature algérienne d'expression française, Mimouni impose une écriture d'une grande richesse lexicale, à la fois poignante, violente et directe, qui décrit sans concession la réalité amère du quotidien algérien. Son œuvre opère un tournant décisif à partir du Fleuve détourné, abandonnant le ton encore didactique de ses débuts pour une satire virulente et souvent atroce des dérives du pouvoir postindépendance, dénonçant sans relâche la corruption, le mensonge et la démagogie qui ont, selon lui, confisqué au profit d'une nouvelle élite les idéaux mêmes de la lutte anticoloniale. Cette lucidité politique, qui lui vaudra d'être menacé de mort par les groupes islamistes pendant la décennie noire, fait de lui une figure exemplaire de l'écrivain engagé, contraint à l'exil pour avoir refusé le silence.

Style § 04 — à quoi s'attendre

Une prose vive et charnelle, capable de restituer avec une empathie profonde le quotidien du paysan, du fonctionnaire ou de l'ouvrier algérien ordinaire, tout en n'hésitant jamais à aller jusqu'au bout de l'atroce lorsque le sujet l'exige, comme dans la monstruosité physique et morale de Tombéza. Cette veine réaliste et engagée s'accompagne d'une construction narrative souvent élaborée, mêlant allers-retours temporels et charge satirique mordante contre les puissants. Pour un premier contact, Le Fleuve détourné offre l'entrée la plus emblématique de son œuvre et de son engagement politique ; L'Honneur de la tribu, plus tardif, permet d'aborder la pleine maturité de son art romanesque.

Citations célèbres § 05

  • « Il est extraordinaire de voir à quel point le pouvoir peut transformer les hommes. La moindre parcelle d'autorité concédée fait d'un opposant irréductible un homme de main servile. » (Le Fleuve détourné)