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FICHE N° 0031 — LITT. ALGÉRIENNE — XXe-XXIe S.

Assia Djebar

1936 – 2015 · Algérie · Langue française
Romancière, historienne et cinéaste — première personnalité du Maghreb élue à l'Académie française.
Pourquoi la lire — Première femme musulmane admise à l'École normale supérieure de Sèvres, exclue un an plus tard pour avoir soutenu la lutte pour l'indépendance algérienne, elle écrit à vingt ans son premier roman sous un pseudonyme pour ne pas choquer sa famille. En 2005, elle devient la première personnalité du Maghreb élue à l'Académie française.

Biographie § 01 — le parcours

  • Origines Née Fatima-Zohra Imalhayène le 30 juin 1936 à Cherchell, fille d'un instituteur, dans une famille de petite bourgeoisie traditionnelle algérienne.
  • 1955 — Sèvres Devient la première femme musulmane admise à l'École normale supérieure de Sèvres, après une hypokhâgne à Alger puis une khâgne au lycée Fénelon à Paris.
  • 1956 — l'exclusion Exclue de l'école après avoir décidé de participer à un mouvement de grève en soutien à la lutte pour l'indépendance algérienne.
  • 1957 — le pseudonyme Publie à vingt ans son premier roman, La Soif, sous le nom d'Assia Djebar — Assia signifiant « la consolation », Djebar « l'intransigeance » — pour ne pas choquer sa famille.
  • 1958 — Tunis Travaille comme reporter à Tunis aux côtés de Frantz Fanon, se rendant dans les camps de réfugiés algériens à la frontière tunisienne avec la Croix et le Croissant-Rouge.
  • 1962 Rentre en Algérie pour rendre compte des premiers jours de l'indépendance ; publie à Paris son troisième roman, Les Enfants du nouveau monde.
  • Les années cinéma Se consacre pendant plusieurs années au cinéma ; son film La Nouba des femmes du Mont Chenoua remporte le prix de la critique internationale à la Biennale de Venise.
  • 1980 Publie Femmes d'Alger dans leur appartement, devenu un classique salué dans de nombreux pays.
  • 1997 Oran, langue morte reçoit le prix Marguerite Yourcenar à Boston.
  • 1999 Élue membre de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.
  • 2005 — l'Académie française Élue le 16 juin, devenant la première personnalité du Maghreb à intégrer l'institution.
  • 2015 Meurt le 6 février à Paris, à 78 ans ; inhumée une semaine plus tard dans sa ville natale de Cherchell, devant une foule nombreuse.

Œuvres essentielles § 02 — par où commencer

Femmes d'Alger dans leur appartement (1980) — Le meilleur point d'entrée : un recueil de nouvelles devenu un classique, sur la vie intérieure et l'enfermement des femmes algériennes.
La Soif (1957) — Son tout premier roman, publié sous pseudonyme à vingt ans — les origines de son écriture.
Oran, langue morte (1997) — Prix Marguerite Yourcenar : des nouvelles sur l'Algérie de la décennie noire des années 1990.
Nulle part dans la maison de mon père (2007) — Un récit autobiographique sur son enfance et sa formation intellectuelle.

Bibliographie complète § 03 — une sélection

  • La Soif (1957)
  • Les Impatients (1958)
  • Les Enfants du nouveau monde (1962)
  • Femmes d'Alger dans leur appartement (1980)
  • Le Blanc de l'Algérie (1996)
  • Oran, langue morte (1997)
  • Ces voix qui m'assiègent (1999, essai)
  • La Femme sans sépulture (2002)
  • La Disparition de la langue française (2003)
  • Nulle part dans la maison de mon père (2007)

Apport § 04 — ce qu'elle a changé

Djebar occupe une place singulière dans la littérature algérienne : historienne de formation, spécialiste du Maghreb du XIXe siècle et du monde arabe médiéval, elle infuse ses romans d'une conscience historique rare, en particulier sur le sort des femmes et des intellectuels dans l'Algérie coloniale puis indépendante. Sa décennie consacrée au cinéma, entre reportage documentaire et fiction, nourrit directement une écriture attentive aux voix rendues silencieuses par l'Histoire officielle. Son élection à l'Académie française en 2005, en tant que première personnalité maghrébine à y accéder, consacre une œuvre qui n'a jamais cessé de faire dialoguer la langue française — langue de la colonisation — avec la mémoire et les voix des femmes algériennes.

Style § 05 — à quoi s'attendre

Une écriture qui mêle volontiers plusieurs voix et plusieurs temporalités, reflet de sa double formation d'historienne et de romancière — les nouvelles de Femmes d'Alger dans leur appartement entrelacent ainsi observation contemporaine et échos plus anciens de la condition féminine algérienne. Djebar affirmait se présenter simplement comme « écrivain », refusant toute assignation de genre à son travail. Pour un premier contact, Femmes d'Alger dans leur appartement offre l'accès le plus direct ; Nulle part dans la maison de mon père demande un vrai intérêt pour la dimension autobiographique de son parcours.

Citations célèbres § 06

  • « Je ne vois pour les femmes arabes qu'un seul moyen de tout débloquer : parler, parler sans cesse d'hier et d'aujourd'hui. »