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FICHE N° 0164 — LITT. RUSSE — XXe S.

Mikhaïl Cholokhov

1905 – 1984 · Russie (région du Don) · Langue russe
Romancier — prix Nobel 1965, troisième auteur russophone distingué par le prix, seul écrivain officiellement sanctionné par les autorités soviétiques à le recevoir.
Pourquoi le lire — Né dans la région cosaque du Don, ancien combattant bolchevique dès l'âge de treize ans durant la guerre civile russe, Cholokhov consacre quatorze années à la composition du Don paisible, épopée consacrée aux luttes des Cosaques contre le nouveau pouvoir bolchevique, qui devient l'œuvre la plus lue de toute la fiction soviétique. En 1965, il devient le troisième auteur russophone de l'histoire à recevoir le prix Nobel de littérature, et le seul écrivain officiellement sanctionné par les autorités soviétiques à obtenir cette distinction.

Biographie § 01 — le parcours

  • Origines Né le 24 mai 1905 à Vechenskaïa, dans la région cosaque du Don, en Russie, fils d'une mère paysanne et d'un père issu de la classe moyenne.
  • La guerre civile Voit son éducation interrompue par la guerre civile russe, à laquelle il participe dès l'âge de treize ans en rejoignant le camp bolchevique.
  • 1922-1924 — Moscou puis le retour S'installe à Moscou pour devenir journaliste, avant de retourner à Vechenskaïa en 1924 pour se consacrer entièrement à l'écriture.
  • 1926 — Contes du Don Publie son premier livre, recueil de nouvelles consacrées aux Cosaques de sa région natale durant la Première Guerre mondiale et la guerre civile russe, entamant la même année l'écriture du Don paisible.
  • 1928-1940 — Le Don paisible Publie en quatre volumes, sur quatorze années d'écriture, cette œuvre consacrée aux luttes des Cosaques du Don contre le nouveau pouvoir bolchevique, qui devient l'œuvre la plus lue de toute la fiction soviétique et lui vaut le prix Staline en 1941.
  • Les controverses de paternité Voit apparaître dès la publication des deux premiers volumes des rumeurs de plagiat, certains spéculant qu'il aurait dérobé le manuscrit à un officier de l'Armée blanche décédé ; des analyses statistiques ultérieures confirment cependant sa probable paternité de l'œuvre.
  • 1932 — le Parti communiste Rejoint le Parti communiste et publie le premier volume de Terres défrichées.
  • 1941-1945 — la guerre Participe à la Seconde Guerre mondiale comme correspondant de guerre.
  • 1957 — Le Destin d'un homme Publie cette nouvelle consacrée à la puissance et à la résilience de l'amour humain face à l'adversité, adaptée en un film russe populaire.
  • 1959 — le second volume de Terres défrichées Achève cette suite, tout en accompagnant le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev lors de sa visite aux États-Unis.
  • 1965 — le Nobel Reçoit le prix Nobel de littérature « pour la puissance artistique et l'intégrité avec lesquelles, dans son épopée du Don, il a donné une expression à une phase historique de la vie du peuple russe », devenant le troisième auteur russophone distingué par le prix et le seul écrivain officiellement sanctionné par les autorités soviétiques à le recevoir.
  • 1984 Meurt le 21 février à Vechenskaïa, à soixante-dix-huit ans, laissant inachevé le roman Ils ont combattu pour la patrie.

Œuvres essentielles § 02 — par où commencer

Le Don paisible (1928-1940) — Le meilleur point d'entrée : son chef-d'œuvre, qui lui vaut le prix Nobel, épopée des Cosaques du Don durant la révolution russe.
Terres défrichées (1932-1959) — Son autre grande œuvre du cycle du Don, consacrée à la collectivisation agricole.
Contes du Don (1926) — Son tout premier livre, recueil de nouvelles qui marque ses débuts littéraires.
Le Destin d'un homme (1957) — Sa nouvelle la plus célèbre, consacrée à la résilience humaine face à l'adversité.

Apport § 03 — ce qu'il a changé

Troisième auteur russophone à recevoir le prix Nobel de littérature et seul écrivain officiellement sanctionné par les autorités soviétiques à obtenir cette distinction, Cholokhov livre avec Le Don paisible l'œuvre la plus lue de toute la fiction soviétique, épopée qui unit dans son écriture l'héritage artistique de Tolstoï et de Gogol à la vision nouvelle introduite dans la littérature russe par Maxime Gorki. Profondément intéressé par les destins humains pris dans les transformations et les troubles de la Russie révolutionnaire, il dépeint avec une puissance et une intégrité artistiques remarquables les Cosaques du Don, dont la culture toujours marquée par la violence se trouve pourtant corrompue par la lutte contre le pouvoir bolchevique, dans un récit qui ne cache pas les ambiguïtés morales de cette période historique. Malgré son statut d'auteur officiellement célébré par le régime soviétique, honoré du titre de Héros du Travail socialiste et des prix Lénine et Staline, son œuvre conserve une complexité et une ambivalence qui dépassent la simple propagande, ce qui explique en partie pourquoi elle demeure encore aujourd'hui l'objet de débats sur son authenticité et sa paternité exacte.

Style § 04 — à quoi s'attendre

Une « puissance artistique et une intégrité » remarquables, selon les termes mêmes du jury du Nobel, portées par un réalisme d'une vivacité rappelant directement Tolstoï, tant dans ses scènes vivement dépeintes que dans ses descriptions de personnages saisissantes et son vaste panorama de la période révolutionnaire russe. Cette écriture, qui unit l'héritage de Tolstoï et de Gogol à la vision nouvelle introduite par Gorki, s'attache constamment aux destins individuels pris dans les grandes transformations historiques de la Russie du XXe siècle, sans jamais renoncer à une profonde humanité malgré la violence et les bouleversements qu'elle dépeint. Pour un premier contact, Le Don paisible offre l'entrée la plus caractéristique et la plus universellement reconnue de son art épique ; Le Destin d'un homme permet d'aborder pleinement sa capacité à concentrer, en une nouvelle brève, la même puissance émotionnelle.