Pourquoi le lire — Né à Cologne dans une famille catholique libérale, refusant enfant de rejoindre les Jeunesses hitlériennes avant d'être enrôlé de force dans l'armée allemande durant six ans, Böll transforme son expérience de la guerre en une œuvre entière consacrée à la folie du conflit et à l'hypocrisie des institutions de l'Allemagne d'après-guerre. En 1972, il devient le cinquième Allemand de l'histoire à recevoir le prix Nobel de littérature, pour une œuvre qui, par sa combinaison d'une large perspective sur son époque et d'un talent sensible dans la caractérisation, a contribué à un renouveau de la littérature allemande.
Biographie § 01 — le parcours
- Origines Né le 21 décembre 1917 à Cologne, fils du sculpteur et ébéniste Viktor Böll, élevé dans une famille catholique libérale et humaniste ; refuse dès l'école de rejoindre les Jeunesses hitlériennes malgré la pression exercée sur lui.
- 1937-1939 — l'apprentissage et la guerre naissante Débute un apprentissage de libraire à Bonn, qu'il abandonne pour entamer ses premières tentatives d'écriture, avant d'être enrôlé au service du travail national puis dans l'armée allemande.
- 1939-1945 — la guerre Sert six ans comme simple soldat puis caporal, combattant sur le front russe et d'autres fronts durant la Seconde Guerre mondiale, blessé à plusieurs reprises et fait l'expérience de la désertion et de la captivité comme prisonnier de guerre.
- 1949 — Le Train était à l'heure Publie son premier roman, qui illustre la folie de la guerre et la souffrance qu'elle engendre.
- 1953 — Et il n'a dit aucune parole Publie ce roman consacré aux vies grises des soldats de retour de guerre.
- 1963 — Les Enfances d'un clown Publie ce roman qui explore l'hypocrisie des institutions sociales et religieuses, en particulier l'Église catholique.
- 1967 — le prix Georg Büchner Reçoit cette distinction littéraire allemande majeure.
- 1971 — Portrait de groupe avec dame Publie ce roman, l'un de ses grands textes de critique de la société ouest-allemande de l'après-guerre, tout en devenant président du PEN International, l'association mondiale des écrivains, jusqu'en 1973.
- 1972 — le Nobel Reçoit le prix Nobel de littérature « pour son œuvre qui, par sa combinaison d'une large perspective sur son époque et d'un talent sensible dans la caractérisation, a contribué à un renouveau de la littérature allemande », devenant le cinquième Allemand distingué par le prix.
- 1974 — L'Honneur perdu de Katharina Blum Publie l'une de ses œuvres les plus célèbres, critique frontale des méthodes de la presse à sensation, devenant la même année membre de l'Académie américaine des arts et des lettres et recevant la médaille Ossietzky pour sa défense des droits humains.
- L'engagement constant Transcende toute sa vie les frontières idéologiques dans son soutien envers les collègues persécutés, les militants des droits civiques et les prisonniers politiques, ce qui lui vaut le titre moqueur de « gardien des vagabonds dissidents » dans un magazine est-allemand.
- 1985 Meurt le 16 juillet à Langenbroich, près de Cologne, en Allemagne de l'Ouest, à soixante-sept ans.
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Cinquième Allemand de l'histoire à recevoir le prix Nobel de littérature, Böll s'impose comme le chroniqueur critique le plus important de l'Allemagne fédérale du milieu du XXe siècle, se décrivant lui-même comme « lié par son époque et ses contemporains, à ce que sa génération a vécu, éprouvé, vu et entendu ». Son intervention courageuse et constante dans le débat public enrichit et influence significativement la culture politique allemande de l'après-guerre, son engagement humaniste transcendant systématiquement les frontières idéologiques pour défendre collègues persécutés, militants des droits civiques et prisonniers politiques, quel que soit le camp dont ils relèvent. Nourri d'un humanisme chrétien profond et d'une sympathie constante pour les déshérités, hérités de son éducation catholique libérale, son œuvre entière explore la culpabilité et l'aliénation de la société allemande d'après-guerre, dénonçant sans relâche l'hypocrisie des institutions sociales et religieuses ainsi que le matérialisme croissant de la République fédérale.
Style § 04 — à quoi s'attendre
Une écriture d'une « large perspective » sur son époque et d'un « talent sensible dans la caractérisation », selon les termes mêmes du jury du Nobel, qui contribue à un véritable renouveau de la littérature allemande d'après-guerre. Cette prose ironique, souvent teintée d'un humour amer, dépeint les tourments de la vie allemande durant et après la Seconde Guerre mondiale, capturant la psychologie changeante de toute une nation à travers des personnages positionnés comme des témoins moraux face aux échecs bureaucratiques et moraux de l'ère nazie puis de la République fédérale naissante. Pour un premier contact, L'Honneur perdu de Katharina Blum offre l'entrée la plus accessible et la plus universellement lue de son œuvre ; Les Enfances d'un clown permet d'aborder pleinement sa critique de l'hypocrisie sociale et religieuse.