Pourquoi le lire — Né à Éleusis, près d'Athènes, au sein d'une famille aristocratique des Eupatrides, Eschyle combat aux côtés de son frère aux batailles de Marathon puis de Salamine, expériences qui marquent durablement une œuvre où le patriotisme et la grandeur tragique se répondent constamment. Bouleversant les règles du théâtre naissant en introduisant un deuxième acteur sur scène, il devient, aux yeux de la postérité, le véritable créateur du genre de la tragédie, sept pièces seulement subsistant sur les quelque cent dix qu'il aurait composées.
Biographie § 01 — le parcours
- Origines Né vers 525 avant notre ère à Éleusis, près d'Athènes, au sein d'une famille aristocratique des Eupatrides, commençant à écrire ses premières pièces de théâtre vers l'âge de vingt-cinq ans, autour de l'an 500 avant notre ère, textes qui ne nous sont pas parvenus.
- 490 av. J.-C. — Marathon Participe, avec son frère Cynégire, l'un des héros de cette guerre, à la bataille de Marathon, lors des guerres médiques opposant les cités grecques aux Perses.
- 484 av. J.-C. — la première victoire Remporte sa première victoire au concours tragique.
- 480 av. J.-C. — Salamine Participe à la bataille navale de Salamine, dix ans après Marathon, expérience qui marque durablement son œuvre.
- 472 av. J.-C. — Les Perses Remporte à Athènes le concours tragique avec cette pièce, sa plus ancienne tragédie conservée, seule tragédie grecque à sujet historique ayant subsisté, relatant la défaite navale des Perses de Xerxès à Salamine du point de vue même des vaincus, jouée seulement huit ans après les événements, son chorège, riche athénien chargé d'assumer les coûts de la représentation, n'étant autre que Périclès, alors âgé de vingt ans.
- 467 av. J.-C. — Les Sept contre Thèbes Fait représenter cette pièce, probablement la troisième d'une trilogie thébaine.
- 458 av. J.-C. — L'Orestie Fait représenter cette trilogie, la seule parvenue jusqu'à nous, relatant l'assassinat d'Agamemnon à son retour de Troie, puis celui de Clytemnestre par son fils Oreste, et enfin le procès de ce dernier.
- Une innovation décisive Bouleverse les règles du théâtre en introduisant un deuxième acteur sur scène, geste qui fait de lui, selon la tradition, le véritable créateur de la tragédie comme genre littéraire.
- 456 av. J.-C. — la mort en Sicile Meurt à Géla, en Sicile, où il avait effectué plusieurs voyages, appelé à la fastueuse cour du tyran Hiéron, son épitaphe, rédigée selon la tradition par lui-même, mettant en avant son courage au combat à Marathon plutôt que ses exploits littéraires.
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
L'Orestie (458 av. J.-C.) — Le meilleur point d'entrée : sa seule trilogie parvenue intacte.
Les Perses (472 av. J.-C.) — Sa plus ancienne tragédie conservée, seule à sujet historique.
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Tout se passe comme si Eschyle avait été le premier à faire de la tragédie, genre encore gauche et récent, le moyen d'expression humaine qu'elle devait continuer à être pendant tant de siècles, s'il n'en est pas l'inventeur au sens strict, il en est bien le créateur, ouvrant à la fois un genre et une époque, celle du rayonnement athénien du Ve siècle avant notre ère. Reconnu de son vivant, il bouleverse les règles du théâtre en introduisant un deuxième acteur sur scène, innovation décisive qui permet pour la première fois le véritable dialogue dramatique et enrichit considérablement les possibilités de l'action scénique. Contemporain de la génération qui fonde la gloire d'Athènes, ayant combattu à Marathon puis à Salamine, il n'a en revanche pas participé au grand renouveau intellectuel que devait connaître le siècle après lui, demeurant, selon la formule consacrée, « avant les autres, un Ancien », son œuvre respirant l'ardeur intérieure de cet âge qui fonde et qui instaure.
Style § 04 — à quoi s'attendre
Une poésie qui constitue une perpétuelle hypotypose, un tableau qui vit, d'une vie parfois si réelle et si saisissante que le lecteur croit avoir vu de ses propres yeux ce que l'esprit seul vient de concevoir, ses pièces possédant une forte valeur morale dans un style grandiose et imagé. Cette tragédie, encore relativement dépouillée d'action au sens moderne, privilégiant la parole et le chant du chœur, aborde des problèmes d'une profondeur qui fascine et intimide, la justice divine, le poids de la faute ancestrale et la lente marche de l'humanité vers un ordre plus juste structurant l'ensemble de son œuvre. Pour un premier contact, L'Orestie offre l'entrée la plus complète dans son théâtre, seule trilogie antique parvenue intacte, retraçant sur trois pièces le cycle de la vengeance et son dépassement par la justice ; Les Perses permettent d'aborder pleinement sa dimension patriotique la plus directe, unique tragédie grecque à sujet historique ayant traversé les siècles.