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ŒUVRE N° 1957 — SCIENCE-FICTION — POLOGNE — 1961

Solaris

1961 · Roman · Stanisław Lem
Des chercheurs, en orbite autour d'une planète recouverte d'un océan pensant, sont confrontés à leurs souvenirs.
Pourquoi le lire — Solaris est une planète recouverte d'un océan qui, depuis des décennies, résiste à toutes les tentatives de compréhension. Le psychologue Kris Kelvin arrive sur la station d'observation et y trouve un équipage éprouvé : l'un des chercheurs est mort, les autres se cachent. Bientôt l'océan matérialise des « visiteurs » tirés de leurs souvenirs. Un roman sur la rencontre avec une intelligence radicalement autre, et sur ce qu'elle révèle de nous.

Contexte d'écriture § 01

  • 1946 Lem s'installe à Cracovie après la guerre ; il y écrit l'essentiel de son œuvre.
  • 1959 Il publie Eden, roman sur un contact manqué avec une civilisation étrangère, qui annonce Solaris.
  • 1961 Solaris paraît en Pologne ; Retour des étoiles est publié la même année.
  • 1966 Première édition française chez Denoël.
  • 1968 Un téléfilm soviétique est réalisé par Boris Nirenburg et Lidia Isinbaïeva.

Structure § 02

Le roman est raconté à la première personne par Kris Kelvin, psychologue envoyé à la station, qui découvre trois scientifiques : Snaut, Sartorius et, dans un premier temps, le cadavre de Gibarian. Les « visiteurs », dont Harey, apparition de la femme que Kelvin a aimée, sont des créations que l'océan a puisées dans la mémoire des astronautes.

Le texte alterne les scènes dramatiques, très resserrées, et de longues digressions sur la « solaristique », discipline fictive faite de théories et de bibliographies, qui occupent des chapitres entiers. Lem y construit une parodie de littérature scientifique, qui souligne l'échec des hypothèses humaines face à Solaris. Le roman se termine sans révélation, dans une ouverture.

Réception § 03

Solaris est considéré comme le chef-d'œuvre de Lem et l'un des grands romans de la science-fiction mondiale. Il figure dans La Bibliothèque idéale de la SF (1988), qui retient 49 romans. Les adaptations en ont fait un texte connu au-delà du genre : après le téléfilm soviétique de 1968, Andreï Tarkovski en tire un film en 1972, puis Steven Soderbergh une version américaine en 2002. Lem lui-même a émis des réserves sur la lecture de Tarkovski, qu'il jugeait trop éloignée de son propos. Le livre est traduit en français dès 1966 chez Denoël.

Pourquoi il compte encore § 04

Solaris pose une question toujours ouverte : que ferait-on face à une intelligence qui n'a rien d'humain, et comment saurait-on qu'on l'a comprise ? Le roman refuse les consolations du genre : pas de guerre des mondes, pas de dialogue facile, mais le constat que nous cherchons dans l'inconnu notre propre reflet. Il touche aussi à des questions plus intimes : le deuil, la culpabilité, la mémoire. C'est l'un des textes qui ont montré que la science-fiction peut être une grande littérature.