IDLIBRIS L'encyclopédie mondiale des écrivains
Accueil › Œuvres › Oblomov
ŒUVRE N° 1880 — ROMAN — RUSSIE — 1859

Oblomov

1859 · Roman · Ivan Gontcharov
Un barine qui ne parvient pas à sortir de son lit : le grand roman de l'inertie.
Pourquoi le lire — Le héros passe une bonne partie du premier volet à tenter de se lever. Ilia Ilitch Oblomov, propriétaire terrien installé à Saint-Pétersbourg, rêve de domaines qu'il n'administrera pas, de lettres qu'il n'écrira pas, d'une vie qu'il ne mènera pas. Sans cruauté, Gontcharov décrit la paresse, la nostalgie de l'enfance et l'amour qui échoue à guérir. Le livre est drôle, tendre et mélancolique, et son héros a donné son nom à un trait de caractère : l'oblomovisme.

Contexte d'écriture § 01

  • 1849 Gontcharov publie dans Le Contemporain « Le Rêve d'Oblomov », extrait du roman encore inachevé.
  • Années 1850 Le travail est ralenti par le deuil de sa mère et par le voyage de la frégate Pallada (1852–1855).
  • Été 1857 Gontcharov achève le roman à Marienbad, en quelques semaines.
  • 1859 Le roman paraît dans Annales de la patrie, à partir du 14 janvier. L'auteur reçoit 10 000 roubles.
  • 1862 et 1887 Des rééditions révisent le texte ; les spécialistes discutent de la version à tenir pour canonique.

Structure § 02

Le roman est composé de quatre parties. La première, très lente, montre Oblomov dans son appartement, entouré de son vieux serviteur Zakhar et de visiteurs qui tentent en vain de le tirer du lit ; elle contient « Le Rêve d'Oblomov », évocation de l'enfance rurale. Dans la deuxième partie, son ami d'enfance Stolz, homme d'énergie et d'efficacité, le présente à Olga Ilinskaïa, qui tente de le transformer par l'amour. Les parties suivantes montrent l'échec de cette relation, puis le refuge d'Oblomov dans la maison de sa logeuse, Agafia Pchenitsyna, qu'il épouse. Gontcharov oppose à la torpeur du héros l'activité de Stolz, et fait du temps, plus que de l'action, le moteur du récit.

Réception § 03

Le roman rencontre immédiatement un grand succès. Dobrolioubov en tire, en 1859, l'essai « Qu'est-ce que l'oblomovisme ? », qui y lit la critique d'une noblesse russe incapable d'agir ; Gontcharov lui-même avalise cette interprétation. D'autres critiques, comme Droujinine, soulignent plutôt la qualité du portrait psychologique. Tolstoï et Dostoïevski ont loué le livre, ce dernier évoquant un talent éblouissant. Le roman a été porté au cinéma par Nikita Mikhalkov, avec Quelques jours de la vie d'I. I. Oblomov (1980), et au théâtre par Guillaume Gallienne en 2013.

Pourquoi il compte encore § 04

Oblomov a donné à la langue russe un mot et à la littérature mondiale un type : le rêveur qui ne passe pas à l'acte, attachant et désolant à la fois. Le livre se lit aujourd'hui moins comme une charge contre la noblesse que comme une réflexion sur la procrastination, le refuge dans le souvenir, la peur de la vie. Son humour et sa tendresse en font un roman étonnamment actuel, et l'un des meilleurs points d'entrée dans la littérature russe du XIXe siècle.