Pourquoi le lire — Ivan Gontcharov (1812–1891) a écrit trois romans en vingt ans et en a fait un monument du réalisme russe. Fonctionnaire et censeur, voyageur autour du monde, il a imaginé en Oblomov, l'aristocrate qui ne sort plus de son lit, l'une des figures les plus durables de la littérature russe, au point que l'« oblomovisme » est devenu un nom commun. On le lit pour sa lenteur savoureuse, son humour discret et son sens de l'observation, qui fait des scènes les plus immobiles un portrait de toute une société.
Biographie § 01 — le parcours
- Origines Naît à Simbirsk (aujourd'hui Oulianovsk) le 18 juin 1812 (6 juin dans le calendrier julien), dans une riche famille de marchands de grain.
- Formation Fait ses études à l'École de commerce de Moscou, puis à l'université de Moscou, où il s'inscrit en 1831 et obtient son diplôme en lettres en 1834.
- Fonctionnaire Entre dans l'administration, au ministère des Finances, où il mène une carrière régulière à Saint-Pétersbourg.
- 1847 — Une histoire ordinaire Publie son premier roman dans la revue Le Contemporain ; le succès est immédiat, appuyé par un compte rendu favorable du critique Vissarion Belinski.
- 1852–1855 — le tour du monde Embarque comme secrétaire de l'amiral Poutiatine sur la frégate Pallada, en mission diplomatique vers le Japon ; il en tire un récit de voyage, La Frégate Pallas.
- 1855–1863 — censeur Est nommé à la censure en 1855, puis conseiller d'État pour les affaires de presse en 1863.
- 1859 — Oblomov Publie son roman le plus célèbre dans la revue Annales de la patrie, qui lui verse 10 000 roubles ; le critique Dobrolioubov en tire la notion d'« oblomovisme ».
- 1869 — Le Précipice Termine, après une vingtaine d'années de gestation, son troisième roman, publié de janvier à mai dans le Messager de l'Europe.
- 1883 Ses œuvres complètes paraissent en huit volumes.
- 1891 — mort Meurt à Saint-Pétersbourg le 27 septembre 1891 (15 septembre dans le calendrier julien).
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
Une histoire ordinaire (1847) — Un jeune provincial romantique, Alexandre Adouïev, monte à Saint-Pétersbourg ; son oncle, homme d'affaires pragmatique, lui apprend la vie. Premier roman de l'auteur, publié en 1847.
Oblomov (1859) — Ilia Oblomov, propriétaire terrien nonchalant, reste couché dans son appartement pétersbourgeois, entre amitié, amour et renoncement. Le roman de l'inertie, qui a donné son nom à l'oblomovisme.
Le Précipice (1869) — Boris Raïski, artiste dilettante, revient sur la propriété familiale de la Volga et s'éprend de sa cousine Vera, que courtisent aussi un nihiliste et un propriétaire éclairé.
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Gontcharov est, avec Tourgueniev, Tolstoï et Dostoïevski, l'un des grands noms du roman russe du XIXe siècle, mais d'un tempérament différent : moins tourmenté, plus attentif à la durée, au décor et aux petites habitudes. Ses trois romans, qu'il considérait comme les volets d'un même ensemble, confrontent à chaque génération l'élan romantique et la raison pratique, la province et la capitale, la rêverie et l'action.
Son principal apport est Oblomov, type littéraire autant que personnage, repris par la critique pour désigner la paresse et l'inertie russes. Dostoïevski et Tolstoï ont salué ce roman, et le héros figure désormais, aux côtés de figures comme Faust ou Don Juan, parmi les grands types de la littérature.
Style § 04 — à quoi s'attendre
Une prose calme, détaillée, patiente : description minutieuse des intérieurs, du mobilier, des repas et des dialogues, avec un humour très doux et une ironie discrète. Gontcharov aime les scènes longues où presque rien ne se passe, et dont l'effet tient au rythme. Chez lui, les caractères se dessinent par accumulation de détails plus que par des coups d'éclat.
Par où commencer : Oblomov, son chef-d'œuvre, malgré sa lenteur apparente ; Une histoire ordinaire, plus court, en donne une version plus vive. Le Précipice, ample et inégal, convient aux lecteurs déjà familiers de l'auteur.