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ŒUVRE N° 2057 — ROMAN — IRLANDE — 1726

Les Voyages de Gulliver

1726 · Roman · Jonathan Swift
Un chirurgien de marine visite des pays de nains, de géants, de savants et de chevaux sages.
Pourquoi le lire — Lemuel Gulliver, chirurgien de bord, fait naufrage chez des hommes minuscules, puis chez des géants, visite une île volante peuplée de savants, enfin un pays où des chevaux raisonnent et où les hommes ressemblent à des brutes. Sous les apparences d'un récit de voyage, Swift mène une satire de l'Angleterre, de la politique, de la science et de l'orgueil humain. Publié en 1726, le livre a été lu comme conte pour enfants et comme livre sombre : il est à la fois l'un et l'autre.

Contexte d'écriture § 01

  • À partir de 1721 Swift rédige les Voyages, un travail qui l'occupe jusqu'au milieu des années 1720.
  • 28 octobre 1726 Le livre paraît à Londres, chez l'éditeur Benjamin Motte, sans nom d'auteur : Gulliver est donné pour l'auteur de ses propres récits.
  • 1726 L'éditeur apporte au texte des modifications et des coupes, par prudence politique.
  • 1727 Pierre-François Guyot Desfontaines publie la première traduction française.
  • 1735 Une édition publiée à Dublin chez George Faulkner rétablit une version plus complète du texte.

Structure § 02

Le livre est présenté comme les mémoires de Lemuel Gulliver et se divise en quatre voyages. Le premier mène à Lilliput, pays des hommes minuscules ; le deuxième à Brobdingnag, pays de géants, où Gulliver devient le plus petit ; le troisième à Laputa, île volante habitée par des savants perdus dans la spéculation, puis à d'autres régions comme Balnibarbi, Glubbdubdrib et Luggnagg ; le quatrième au pays des Houyhnhnms, chevaux doués de raison, qui côtoient les Yahoos, créatures humaines animalisées. Le ton, toujours sérieux et précis, accentue l'effet : la satire se transforme peu à peu en réflexion sur la nature de l'homme, et le dernier voyage laisse Gulliver désemparé.

Réception § 03

Le livre est publié de manière anonyme en 1726, et son succès est immédiat. Les premières éditions sont corrigées par l'éditeur, qui supprime des passages jugés dangereux ; la version complète n'est établie qu'avec l'édition de Faulkner à Dublin en 1735. En France, la traduction de Desfontaines paraît dès 1727. Le livre a connu depuis d'innombrables adaptations, à partir de 1902 au cinéma, souvent limitées aux deux premiers voyages et destinées aux enfants. Il a aussi donné des mots à d'autres langues : le nom des Yahoos a inspiré une marque, et la querelle des gros-boutiens et petits-boutiens a nommé en informatique l'endianness.

Pourquoi il compte encore § 04

Les Voyages de Gulliver est devenu un livre de la culture commune, bien au-delà du public qui le lit en entier. Il garde sa valeur parce que sa satire a plusieurs niveaux : politique, scientifique, morale. Le quatrième voyage, surtout, ne laisse aucun confort au lecteur, qui doit décider ce qui le distingue des Yahoos. Swift y offre une critique de l'orgueil humain qui reste difficile à contourner, et une langue d'une netteté exemplaire.