Le texte alterne deux fils : l'allégorie des trois frères et de l'héritage paternel, qui figure l'histoire des Églises chrétiennes (Pierre pour Rome, Martin pour l'Église anglicane, Jack pour les dissidents protestants), et de longues digressions où le narrateur, un auteur moderne vaniteux, disserte sur la folie, la critique, les livres et le progrès. Ces digressions finissent par l'emporter, en longueur comme en verve, sur le récit, de sorte que la forme même du livre devient la parodie qu'il met en scène. Le Conte du tonneau est une œuvre de jeunesse, mais d'une ambition rare : mettre en pièces d'un seul geste le charlatanisme intellectuel, théologique et médical.
Le livre connaît un grand succès, mais il est vivement attaqué. La reine Anne l'aurait pris pour un texte irrévérencieux, et il aurait fermé à Swift l'accès aux plus hautes charges de l'Église ; des critiques, dont William Wotton, lui reprochent de se moquer des valeurs fondamentales. Pour répondre, Swift ajoute en 1710 une Apologie et des notes, où il intègre jusqu'aux objections de ses adversaires. Le texte est resté un classique de la satire, mais sa lecture suppose des notes, tant les allusions à son temps sont nombreuses.
Le Conte du tonneau est considéré comme un jalon dans l'invention de la parodie en prose : le livre imite et détourne les formes du discours savant et du discours religieux de son époque. Il est moins lu que Gulliver, mais il en annonce déjà la manière, avec ses narrateurs peu fiables, ses fausses préfaces et ses digressions. On y trouve l'une des plus brillantes attaques de la langue anglaise contre la bêtise sérieuse.