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ŒUVRE N° 2056 — SATIRE — IRLANDE — 1704

Le Conte du tonneau

1704 · Satire · Jonathan Swift
Une satire des querelles religieuses, à travers l'histoire de trois frères et de leur héritage.
Pourquoi le lire — Trois frères, Pierre, Martin et Jack, reçoivent de leur père un habit et un testament qui leur interdit de le modifier. Ils s'empressent de le faire. Derrière cette fable, Swift met en scène le catholicisme, l'anglicanisme et le protestantisme dissident, et le fait avec une fantaisie qui coupe sans cesse le récit de digressions sur la critique, la folie, l'érudition. Premier grand livre de Swift, publié en 1704, c'est un texte difficile, mais d'une inventivité sans égale.

Contexte d'écriture § 01

  • 1694–1697 Swift compose le texte, ainsi que La Bataille des livres, plusieurs années avant leur parution.
  • 1704 Le Conte du tonneau paraît à Londres, sans nom d'auteur, chez John Nutt, avec La Bataille des livres et le Discours sur l'opération mécanique de l'esprit.
  • 1710 La cinquième édition, publiée par Benjamin Tooke, ajoute une « Apologie » et des notes qui renforcent la satire.
  • Conséquence Le livre est jugé irrévérencieux par une partie du clergé, ce qui nuira à l'avancement de Swift dans l'Église.

Structure § 02

Le texte alterne deux fils : l'allégorie des trois frères et de l'héritage paternel, qui figure l'histoire des Églises chrétiennes (Pierre pour Rome, Martin pour l'Église anglicane, Jack pour les dissidents protestants), et de longues digressions où le narrateur, un auteur moderne vaniteux, disserte sur la folie, la critique, les livres et le progrès. Ces digressions finissent par l'emporter, en longueur comme en verve, sur le récit, de sorte que la forme même du livre devient la parodie qu'il met en scène. Le Conte du tonneau est une œuvre de jeunesse, mais d'une ambition rare : mettre en pièces d'un seul geste le charlatanisme intellectuel, théologique et médical.

Réception § 03

Le livre connaît un grand succès, mais il est vivement attaqué. La reine Anne l'aurait pris pour un texte irrévérencieux, et il aurait fermé à Swift l'accès aux plus hautes charges de l'Église ; des critiques, dont William Wotton, lui reprochent de se moquer des valeurs fondamentales. Pour répondre, Swift ajoute en 1710 une Apologie et des notes, où il intègre jusqu'aux objections de ses adversaires. Le texte est resté un classique de la satire, mais sa lecture suppose des notes, tant les allusions à son temps sont nombreuses.

Pourquoi il compte encore § 04

Le Conte du tonneau est considéré comme un jalon dans l'invention de la parodie en prose : le livre imite et détourne les formes du discours savant et du discours religieux de son époque. Il est moins lu que Gulliver, mais il en annonce déjà la manière, avec ses narrateurs peu fiables, ses fausses préfaces et ses digressions. On y trouve l'une des plus brillantes attaques de la langue anglaise contre la bêtise sérieuse.