L'intrigue part d'une tentative d'assassinat : on essaie de tuer Daniel Dupont à son domicile, et les soupçons se tournent vers un groupe terroriste. Dupont survit grâce au docteur Juard, mais fait croire à sa mort. Wallas, chargé de l'enquête, arrive dans la ville pour comprendre ce qui s'est passé.
Le roman se déroule dans une même ville, sur deux jours à peine, ce qui accentue l'effet de clôture. Les rues, les noms, les situations se répètent (le boulevard circulaire, la rue des Arpenteurs) et finissent par constituer un cycle dont les personnages ne peuvent sortir. Robbe-Grillet change de point de vue, tantôt celui des enquêteurs, tantôt celui des coupables : le lecteur en sait plus que le détective sans pour autant tout comprendre.
Le livre est publié en 1953 et attire l'attention d'une partie de la critique, notamment de Roland Barthes, qui lui consacre un article. Il reçoit le prix Fénéon en 1954. Il est cependant, à l'époque, très peu lu, et déroute les lecteurs habitués au roman policier.
L'édition 10/18 de 1962, avec une étude de Bruce Morrissette, contribue à le faire connaître et à l'installer parmi les textes fondateurs du Nouveau Roman. Une adaptation filmée, coréalisée par René Micha et Lucien Deroisy, a été tournée en 1969.
Les Gommes compte parce qu'il fixe la méthode de Robbe-Grillet : prendre une forme populaire, ici le roman policier, et la retourner pour interroger la manière dont on lit, dont on enquête, dont on croit comprendre. Le récit ne donne pas de clef, mais un dispositif dont les éléments se répondent. C'est l'un des romans les plus accessibles du Nouveau Roman, car il garde un fil narratif et un suspense, tout en offrant une réflexion sur le roman lui-même.