Le roman est écrit pour l'essentiel à la première personne, sous la forme des mémoires du moine Médard. Il suit le héros, né Franz, depuis le couvent jusqu'à la chute : il rompt ses vœux, prend des identités successives et rencontre son double, Viktorin, son demi-frère. Un cadre plus ancien englobe son récit : une malédiction qui se transmet sur cinq générations, dont on apprend l'origine par un parchemin révélant les fautes de l'ancêtre Francesco. L'histoire peut se lire comme une rédemption par la pénitence ou comme l'accomplissement d'un destin inéluctable. Hoffmann y emprunte à des sources littéraires, notamment au roman gothique Le Moine de Matthew Gregory Lewis, à Calderón et à Kleist.
Le roman s'inscrit dans la tradition du roman noir allemand (Schauerroman) et de la littérature de l'inquiétante étrangeté. Il a eu une postérité européenne, dont témoignent les traductions : une version abrégée en anglais dès 1824, puis une traduction intégrale en 1963 et une autre en 2007. Il est volontiers cité parmi les textes fondateurs du thème du double dans la littérature.
Les Élixirs du diable est un roman d'une grande liberté : il emprunte au roman gothique, mais s'en sert pour poser une question moderne, celle de l'unité du moi. Le double, la faute héritée, l'identité qui se défait sont des motifs qui traverseront le fantastique du XIXe siècle. Le livre est plus long et plus déroutant que les contes de Hoffmann, mais il récompense ceux qui acceptent de suivre Médard jusqu'au bout de son vertige.