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ŒUVRE N° 2065 — ROMAN — ALLEMAGNE — 1815

Les Élixirs du diable

1815 · Roman · E. T. A. Hoffmann
Un moine, Médard, goûte à un élixir du diable et se perd dans le crime et la folie.
Pourquoi le lire — Médard, jeune moine capucin célèbre pour ses sermons, goûte un élixir qui, dit-on, avait tenté saint Antoine. Il quitte alors le couvent, prend d'autres identités, croise un double qui lui ressemble, et glisse dans le meurtre et la folie, avant de chercher le salut dans la pénitence. Hoffmann tire de ce récit à la première personne un roman noir moderne, où l'on ne sait jamais si le destin vient du diable, d'une malédiction de famille ou de l'esprit du héros.

Contexte d'écriture § 01

  • 1814–1815 Hoffmann publie les Fantaisies à la manière de Callot, qui le font connaître.
  • 1815 Premier volume des Élixirs du diable.
  • 1816 Second volume.
  • 1824 Première traduction anglaise, due à Gillies, abrégée.
  • 1963 Traduction anglaise intégrale de Taylor.

Structure § 02

Le roman est écrit pour l'essentiel à la première personne, sous la forme des mémoires du moine Médard. Il suit le héros, né Franz, depuis le couvent jusqu'à la chute : il rompt ses vœux, prend des identités successives et rencontre son double, Viktorin, son demi-frère. Un cadre plus ancien englobe son récit : une malédiction qui se transmet sur cinq générations, dont on apprend l'origine par un parchemin révélant les fautes de l'ancêtre Francesco. L'histoire peut se lire comme une rédemption par la pénitence ou comme l'accomplissement d'un destin inéluctable. Hoffmann y emprunte à des sources littéraires, notamment au roman gothique Le Moine de Matthew Gregory Lewis, à Calderón et à Kleist.

Réception § 03

Le roman s'inscrit dans la tradition du roman noir allemand (Schauerroman) et de la littérature de l'inquiétante étrangeté. Il a eu une postérité européenne, dont témoignent les traductions : une version abrégée en anglais dès 1824, puis une traduction intégrale en 1963 et une autre en 2007. Il est volontiers cité parmi les textes fondateurs du thème du double dans la littérature.

Pourquoi il compte encore § 04

Les Élixirs du diable est un roman d'une grande liberté : il emprunte au roman gothique, mais s'en sert pour poser une question moderne, celle de l'unité du moi. Le double, la faute héritée, l'identité qui se défait sont des motifs qui traverseront le fantastique du XIXe siècle. Le livre est plus long et plus déroutant que les contes de Hoffmann, mais il récompense ceux qui acceptent de suivre Médard jusqu'au bout de son vertige.