Pourquoi le lire — Juriste de métier, compositeur, chef d'orchestre et dessinateur, Hoffmann a fait du fantastique un genre moderne : celui où l'étrange surgit dans le décor le plus ordinaire, sans qu'on sache s'il vient du monde ou de l'esprit du personnage. On le lit pour L'Homme au sable, pour ses doubles et ses automates, pour l'humour qui fait vaciller l'inquiétude, et pour une influence qui va de Balzac, Gautier et Nerval à Pouchkine, Gogol, Offenbach et Freud. Il a écrit presque tout en dix ans, entre 1814 et sa mort en 1822.
Biographie § 01 — le parcours
- 1776 Naît à Königsberg, en Prusse, dans une famille de pasteurs et de juristes. Ses parents se séparent alors qu'il est enfant.
- 1796–1806 Après des études de droit, il est magistrat prussien à Posen, Płock, puis Varsovie. Il remplace son prénom Wilhelm par Amadeus, en hommage à Mozart.
- 1806–1814 Vit surtout de la musique, notamment à Bamberg, comme compositeur et chef d'orchestre.
- 1814–1815 Publie les Fantaisies à la manière de Callot, où paraît le personnage du musicien Johannes Kreisler. Il reprend en 1814 sa carrière de juriste, à Berlin, qu'il poursuivra jusqu'à sa mort.
- 1815–1816 Publie Les Élixirs du diable, roman en deux volumes.
- 1816 Publie Casse-Noisette et le Roi des souris, et le premier volume des Nachtstücke (Contes nocturnes), qui contient L'Homme au sable. Le second paraît à l'été 1817.
- 1819–1821 Publie Les Frères de Saint-Sérapion, puis les deux volumes du Chat Murr, qui restera inachevé.
- 1822 Meurt à Berlin à quarante-six ans.
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
Les Élixirs du diable (1815) — Le moine capucin Médard boit un élixir diabolique, abandonne ses vœux et sombre dans le crime et la folie. Roman de 1815–1816, dominé par la figure du double.
Contes nocturnes (1816) — Huit récits en deux volumes (1816–1817), dont L'Homme au sable, où Nathanael croit reconnaître dans un marchand ambulant le démon de son enfance.
Le Chat Murr (1819) — Les mémoires d'un chat lettré, mêlés aux fragments de la biographie du musicien Kreisler. Roman en deux volumes (1819–1821), laissé inachevé.
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Hoffmann a imposé un fantastique où le surnaturel ne vient pas d'un château lointain, mais d'un détail quotidien : un marchand de baromètres, une poupée trop parfaite, un reflet. Il a mêlé le réalisme du détail et l'irruption de l'étrange, ce que Balzac, Gautier et Nerval reprendront en France, tandis que des auteurs russes comme Pouchkine et Gogol développent des procédés voisins. L'Homme au sable est devenu un texte de référence de la psychanalyse, depuis l'essai de Freud sur L'Inquiétante étrangeté (1919). Ses récits ont inspiré des compositeurs, dont Offenbach, avec Les Contes d'Hoffmann (1881), et le ballet Coppélia (1870). Compositeur lui-même, il a aussi donné à la musique une place centrale dans la littérature romantique.
Style § 04 — à quoi s'attendre
Hoffmann alterne l'humour, l'ironie et la terreur, souvent dans la même page. Ses récits jouent sur la frontière entre le réel et l'hallucination : le lecteur ne sait pas si le démon existe ou si le héros devient fou. Il construit des cadres, des lettres, des manuscrits, des éditeurs fictifs, et multiplie les doubles. L'écriture est vive, pleine de détails concrets, avec un goût de la caricature hérité de son travail de dessinateur. Pour commencer, L'Homme au sable, récit bref et saisissant, est la meilleure entrée dans son univers ; on poursuivra avec les autres Contes nocturnes, puis avec Les Élixirs du diable, et enfin avec Le Chat Murr, plus exigeant.