Le roman est raconté à la première personne par un narrateur sans nom, ancien policier, qui écrit longtemps après. L'affaire est celle du meurtre d'une fillette, surnommée Belle de Jour, dont le corps est retrouvé dans un canal. Mais le récit s'attarde moins sur l'enquête que sur ce qu'elle révèle : le narrateur, veuf de Clémence, s'attarde sur ses souvenirs et sur les notables du village, au premier rang desquels le procureur Pierre-Ange Destinat, que ses soupçons visent. Les chapitres alternent le temps de l'affaire et celui de la rédaction, avec de nombreuses digressions. La langue est sobre, simple, les phrases souvent courtes, et le ton mélancolique.
Le roman reçoit le prix Renaudot 2003, puis le grand prix des lectrices d'Elle 2004. Il devient un succès de librairie, et il est traduit dans plus de trente pays. Yves Angelo l'adapte au cinéma en 2005. Il s'impose comme l'un des romans français les plus lus des années 2000, et assure à Claudel une réputation durable. Son caractère de roman policier sans véritable enquête, et sa tonalité de fable sur la guerre, ont été salués par la critique.
Le roman a imposé une manière de parler de la guerre sans la montrer : le front est présent par ses effets, sur les corps, sur les consciences, sur la vie d'un village qui continue. Il donne à lire la lâcheté ordinaire, la jalousie, la résignation. Sa brièveté et sa clarté en font une bonne porte d'entrée dans l'œuvre de Claudel, et un livre qu'on peut lire d'une traite, en gardant longtemps le goût amer de ses non-dits.