Le roman est la mise par écrit du rapport demandé à Brodeck : au fil des pages, il raconte la mort de l'Anderer, étranger arrivé au village, tué par les habitants dans l'auberge, et l'événement que les villageois appellent « l'Ereigniës ». Mais il y mêle des souvenirs plus anciens, ceux de sa déportation. Brodeck rédige deux textes en parallèle : le rapport officiel, et un récit personnel, caché, de ce qu'il a vu. Claudel invente un village sans nom, une langue aux sonorités germaniques et un temps vague, ce qui donne au récit sa dimension de parabole, ou de fable. Le ton est grave, la construction très méthodique, et l'écriture limpide.
Le roman reçoit le prix Goncourt des lycéens en 2007, le prix des libraires du Québec en 2008 et le prix des lecteurs du Livre de poche en 2009. Il est adapté en bande dessinée par Manu Larcenet, en deux albums chez Dargaud, et au théâtre par Valérie Zipper (compagnie du Chien jaune). Claudel lui-même le décrit comme « une sorte de parabole, de fable ». Il est considéré comme son roman le plus ambitieux.
Le Rapport de Brodeck pose, sous la forme d'un récit, une question qui reste actuelle : comment une communauté ordinaire en vient-elle à commettre un crime ensemble, puis à vouloir l'oublier ? Sans nommer la guerre ni les camps, il en parle avec une précision qui tient à la fable. Il prolonge Les Âmes grises par la même interrogation sur la culpabilité, avec une ampleur plus grande, et reste le roman à lire pour qui veut mesurer toute la portée de l'écriture de Claudel.