Comédie en quatre actes et en prose. Elle commence à la gare de Lyon, où la famille Perrichon monte dans le train pour Chamonix, suivie de deux jeunes gens amoureux de la fille, Henriette : Armand Desroches et Daniel Savary. Elle se poursuit dans les Alpes, au cœur des paysages touristiques de l'époque, puis revient à Paris. Le mécanisme comique repose sur un malentendu : Armand sauve réellement Perrichon, qui en conçoit de la gêne ; Daniel, à l'inverse, se laisse sauver par lui, et gagne ainsi son estime. Autour d'eux, les épisodes secondaires (le livre d'or d'un hôtel, une querelle avec un militaire, qui menace de tourner au duel) servent à montrer l'amour-propre de Perrichon. Le rythme est moins frénétique que dans Un chapeau de paille d'Italie, l'intrigue plus lisible, et le personnage est le centre.
La pièce, créée au Gymnase en 1860, est un succès et reste l'une des plus jouées de Labiche. Plus tard, elle est reprise à la Comédie-Française, qui la fait filmer pour la télévision en 1982. Elle a aussi été adaptée au cinéma, notamment en 1934, puis dans des versions françaises, italiennes et russes. C'est l'une des comédies de caractère les plus nettes de Labiche : on y rit du bourgeois, sans que la satire exclue une certaine indulgence.
Perrichon est un bourgeois comique, mais aussi un personnage vrai : sa vanité est la nôtre, ce besoin de se sentir reconnu et de ne rien devoir à personne. Labiche observe, sans moraliser, la façon dont l'amour-propre fausse les affections et les jugements. La pièce a conservé toute sa force parce qu'elle ne dépend pas d'un événement du Second Empire : on peut la monter en costume d'époque ou dans un décor contemporain. Pour comprendre la différence entre farce et comédie de mœurs chez Labiche, elle est le meilleur point de comparaison avec le Chapeau.