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FICHE N° 0512 — LITT. FRANÇAISE — THÉÂTRE, VAUDEVILLE — XIXe S.

Eugène Labiche

1815 – 1888 · France · Langue française
Auteur dramatique français — auteur d'Un chapeau de paille d'Italie.
Pourquoi le lire — Fils d'une famille de négociants parisiens, Eugène Labiche (1815-1888) a écrit ou cosigné quelque cent soixante-dix pièces, presque toutes en collaboration, et fait du vaudeville un portrait cruel et rieur de la petite bourgeoisie du Second Empire. Un chapeau de paille d'Italie (1851), Le Voyage de monsieur Perrichon (1860) et La Poudre aux yeux (1861) restent parmi les comédies les plus jouées du répertoire français. Élu à l'Académie française en 1880, il avait quitté le théâtre trois ans plus tôt.

Biographie § 01 — le parcours

  • Origines Naît à Paris le 5 mai 1815, dans une famille aisée de négociants en gros ; son père, Jacques-Philippe Labiche, tient un commerce d'épicerie rue de la Verrerie.
  • Formation Fait ses études au collège Bourbon puis au lycée Chaptal, passe son baccalauréat ès lettres en 1833, voyage en Italie en 1834 et prépare une licence de droit tout en publiant quelques nouvelles dans des revues.
  • Vers 1836-1837 — Les débuts S'associe à Auguste Lefranc et à Marc-Michel pour écrire des vaudevilles, d'abord sous le pseudonyme collectif de « Paul Dandré ».
  • 1848-1859 — Les années fastes Produit à un rythme proche de dix pièces par an pour le Palais-Royal, le Gymnase et d'autres scènes, dont la solitaire Un jeune homme pressé (1848).
  • 1851 — Un chapeau de paille d'Italie Donne, avec Marc-Michel, la comédie qui le rend célèbre ; la même année, il épouse Adèle Hubert, âgée de dix-huit ans.
  • 1853 — La Sologne Achète le domaine de Launoy, en Sologne, où il vit une partie de l'année ; il sera maire de Souvigny à partir de 1868.
  • 1860-1864 Fait jouer Le Voyage de monsieur Perrichon (1860) et La Poudre aux yeux (1861), écrits avec Édouard Martin, puis La Cagnotte (1864).
  • 1877 Cesse d'écrire pour le théâtre à soixante-deux ans ; sa dernière pièce, La Clé, n'a pas de succès.
  • 1880 — L'Académie Est élu à l'Académie française, au fauteuil 15, où il succède à Silvestre de Sacy ; Henri Meilhac lui succédera.
  • 1888 Meurt à Paris le 22 janvier 1888 et est inhumé au cimetière de Montmartre.

Œuvres essentielles § 02 — par où commencer

Un chapeau de paille d'Italie (1851) — Écrite avec Marc-Michel : un marié parisien doit retrouver un chapeau de paille identique à celui que son cheval a mangé, pour sauver l'honneur d'une femme, tandis que la noce le suit partout.
Le Voyage de monsieur Perrichon (1860) — Écrite avec Édouard Martin : un bourgeois en voyage en Suisse accorde son amitié à celui qu'il a sauvé, et prend en grippe celui qui l'a vraiment sauvé.
La Poudre aux yeux (1861) — Écrite avec Édouard Martin : deux familles bourgeoises, dont les enfants doivent se marier, s'efforcent de paraître plus riches que l'autre, jusqu'à ce que la comédie tourne à l'aveu.

Apport § 03 — ce qu'il a changé

Labiche a transformé le vaudeville, genre d'intrigues mécaniques et de couplets, en une comédie de mœurs. Ses personnages — rentiers, notaires, gardes nationaux, futurs beaux-pères — ne sont ni des monstres ni des héros, mais des bourgeois satisfaits, vaniteux, prudents, que la moindre contrariété jette dans l'absurde. Il n'a pas fait de morale : il a regardé la société qui remplissait ses salles et lui a tendu un miroir, drôle d'abord, inquiétant ensuite.

Son œuvre, élaborée avec une quarantaine de collaborateurs, dont Marc-Michel, Édouard Martin et Émile Augier, a longtemps été tenue pour un divertissement. Elle est aujourd'hui l'un des piliers du répertoire de la Comédie-Française et elle a nourri le cinéma comique, de René Clair à la télévision, ainsi que la tradition française du théâtre de boulevard.

Style § 04 — à quoi s'attendre

Chez Labiche, la mécanique est précise : un incident minuscule (un chapeau mangé, un sauvetage mal reconnu, un mensonge de vanité) met en marche une série de conséquences de plus en plus vives, qui entraînent chaque personnage dans l'excès de son propre travers. Le dialogue est rapide, plein de répliques sèches et de situations absurdes, mais il repose sur une observation attentive des habitudes bourgeoises : l'argent, le mariage, la peur du ridicule.

Il écrit pour la scène, non pour la lecture, et ses pièces ne se goûtent pleinement que si l'on entend le rythme. Les couplets chantés des premières pièces ont laissé place, dans les grandes comédies, à une prose de plus en plus naturelle.

Par où commencer : Un chapeau de paille d'Italie, pour la course folle, puis Le Voyage de monsieur Perrichon, pièce plus resserrée, où la comédie de caractère prend le pas sur la farce.