Le roman prend la forme d'une confession écrite par Juan Pablo Castel dans sa prison. Le récit remonte au Salon où il expose un tableau intitulé « Maternité » : une femme s'arrête devant un détail de la toile, que personne d'autre n'a remarqué. Castel la retrouve, apprend qu'elle s'appelle María Iribarne, qu'elle est mariée à un homme aveugle, Allende, et que celui-ci a un cousin, Hunter. La narration, à la première personne et sans repos, impose au lecteur le point de vue d'un homme lucide et malade de soupçon : tout ce que dit ou fait María passe par le filtre de son obsession. Le livre est bref, resserré sur un seul homme, une seule idée fixe.
Albert Camus et Graham Greene ont défendu le roman après sa parution, ce qui a aidé à le faire connaître hors d'Argentine ; il a été traduit en plusieurs langues, dont le français. Il a connu plusieurs adaptations : un film de León Klimovsky (1952), un téléfilm de José Luis Cuerda (1977), un film d'Antonio Drove (1988, avec Jane Seymour et Peter Weller) et un court métrage d'Alexander Payne, The Passion of Martin (1990).
Le Tunnel reste l'une des meilleures portes d'entrée dans la littérature argentine du XXe siècle : un livre court, qui se lit en une soirée, et dont l'effet tient à la rigueur du point de vue. Sábato y inscrit déjà les thèmes de toute son œuvre — la solitude, l'absolu qu'on exige d'autrui, la difficulté de se faire comprendre. Sa lucidité glaçante, qui force le lecteur à comprendre un meurtrier sans l'absoudre, a fait de ce roman un classique de la littérature de la jalousie et de l'aliénation.