Pourquoi le lire — Né à Rojas en 1911, Ernesto Sábato est d'abord physicien : docteur de l'université de La Plata, il travaille à Paris au laboratoire Curie avant de quitter la science pour l'écriture. Il laisse trois romans — Le Tunnel (1948), Héros et Tombes (1961), L'Ange des ténèbres (1974) — où l'angoisse métaphysique rencontre l'histoire de l'Argentine, ainsi que de nombreux essais. Le prix Cervantès lui est décerné en 1984. Président de la commission d'enquête sur les disparus de la dictature, il en publie le rapport, Nunca más. Il meurt en 2011, à quatre-vingt-dix-neuf ans.
Biographie § 01 — le parcours
- Origines Naît le 24 juin 1911 à Rojas, dans la province de Buenos Aires.
- Le physicien Étudie les sciences physiques et obtient un doctorat en physique à l'université nationale de La Plata, où il enseigne à partir de 1940.
- Paris Séjourne à Paris à la fin des années 1930 : il travaille dans un laboratoire de recherche sur la radioactivité, à l'Institut Curie, et fréquente les milieux surréalistes de Montparnasse. Il passe ensuite par le MIT, aux États-Unis.
- Mi-années 1940 — la rupture Abandonne la recherche scientifique pour se consacrer à la littérature. Il publie en 1945 son premier essai, Uno y el universo, et écrit dans le journal La Nación.
- 1948 — Le Tunnel Son premier roman paraît à Buenos Aires ; Albert Camus et Graham Greene en défendent la valeur.
- 1961 — Héros et Tombes Publie Sobre héroes y tumbas, son roman le plus ample, qui contient le célèbre « Rapport sur les aveugles ».
- 1974 — L'Ange des ténèbres Publie Abaddón el exterminador, troisième et dernier roman, où l'auteur lui-même devient personnage.
- 1979 Est fait chevalier de la Légion d'honneur par la France.
- 1983–1984 — la CONADEP Nommé par le président Raúl Alfonsín, il préside la commission sur la disparition de personnes sous la dictature (1976–1983) ; son rapport, Nunca más, est remis en 1984.
- 1984 Reçoit le prix Cervantès, la plus haute distinction des lettres hispaniques.
- Dernières années Atteint d'une grave maladie des yeux, il se consacre à la peinture et expose notamment au Centre Pompidou en 1989.
- 2011 Meurt le 30 avril à Santos Lugares, près de Buenos Aires.
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
Le Tunnel (1948) — Le plus court et le plus direct de ses romans : la confession d'un peintre, Juan Pablo Castel, qui avoue avoir tué María Iribarne et reconstitue l'enchaînement de sa jalousie.
Héros et Tombes (1961) — Son roman le plus ample : l'errance de Martín et d'Alejandra dans Buenos Aires, mêlée à l'histoire de la famille Vidal Olmos et au « Rapport sur les aveugles », récit halluciné de Fernando.
L'Ange des ténèbres (1974) — Dernier roman, publié en 1974 : Buenos Aires y est vue comme un lieu d'apocalypse, et Sábato lui-même y apparaît parmi ses personnages, en prise avec l'écriture du livre.
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Sábato a donné à la littérature argentine une œuvre sombre, tournée vers les questions que la science laisse sans réponse : la solitude, le mal, la communication impossible entre les êtres. Venu de la physique, il écrit des romans de l'angoisse où la psychologie, la métaphysique et l'histoire nationale se croisent ; Héros et Tombes, avec son « Rapport sur les aveugles », est classé par le quotidien El Mundo parmi les cent meilleurs romans en langue espagnole du XXe siècle. Il a aussi pesé dans la vie publique : à la tête de la CONADEP, il a fait établir et publier le rapport Nunca más sur les disparitions forcées, devenu document de référence lors du procès des juntes. Écrivain et témoin, il compte parmi les grandes voix morales de l'Argentine contemporaine.
Style § 04 — à quoi s'attendre
Une écriture tendue, hantée par l'angoisse et l'obsession. Le Tunnel est un récit à la première personne, bref, mené comme une confession par un narrateur lucide et délirant à la fois. Les romans suivants sont plus amples et plus fragmentés : plusieurs récits s'y entrecroisent, des monologues intérieurs, des passages d'essai, des visions de cauchemar. Buenos Aires, ses sous-sols et ses nuits y tiennent un rôle central. Le ton est grave. Pour commencer, lisez Le Tunnel, qui se lit d'une traite ; passez ensuite à Héros et Tombes, en acceptant que le roman s'ouvre sur des pistes multiples. L'Ange des ténèbres convient mieux à un lecteur déjà familier de l'univers de l'auteur.