Le poème s'adresse directement, à la deuxième personne, à celui qui projette de quitter sa ville pour en chercher une autre, meilleure, où trouver enfin le bonheur qu'il n'a pas su bâtir ici, pour lui opposer une vérité implacable : cette ville le suivra partout, car elle n'est que le reflet de sa propre vie gâchée. Cette méditation sur l'impossibilité de la fuite géographique comme solution aux impasses existentielles intérieures, formulée avec une économie de moyens remarquable, fait de ce court texte l'un des plus philosophiquement denses de Cavafy.
Le poème s'impose comme l'un des textes les plus universellement cités de Cavafy sur le thème de la fuite impossible de soi-même, souvent mis en regard avec Ithaque pour former, sur un mode opposé, un diptyque complémentaire sur le sens du voyage et de l'exil.
La Ville demeure l'une des méditations les plus lucides et les plus universelles sur l'illusion de la fuite géographique face aux impasses intérieures, un texte dont la vérité désenchantée continue de résonner par-delà les époques et les cultures.