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FICHE N° 0372 — LITT. GRECQUE — POÉSIE — XIXe-XXe S.

Constantin Cavafy

1863 – 1933 · Grèce (Alexandrie, Égypte) · Langue grecque
Poète grec d'Alexandrie, une des figures les plus importantes de la littérature grecque du XXe siècle — auteur d'Ithaque et En attendant les barbares.
Pourquoi le lire — Fonctionnaire obscur au ministère des Travaux publics d'Alexandrie pendant l'essentiel de sa carrière, Constantin Cavafy ne publie de son vivant que sur des feuilles volantes distribuées à un cercle restreint, perfectionniste jusqu'à l'excès, laissant à peine 154 poèmes reconnus. Peu connu de son vivant, il est aujourd'hui considéré comme l'une des figures les plus importantes de la littérature grecque du XXe siècle, sa poésie mêlant avec une économie de moyens remarquable la mélancolie du désir, la fatalité du temps et l'évocation érudite de l'Antiquité gréco-romaine.

Biographie § 01 — le parcours

  • Origines Naît le 29 avril 1863 à Alexandrie, en Égypte, neuvième enfant d'une famille de commerçants grecs originaires de Constantinople.
  • 1870-1879 — l'Angleterre Voit la famille ruinée après la mort de son père s'installer à Liverpool, en Angleterre, où il passe une partie de son adolescence, acquérant une familiarité durable avec la tradition poétique anglaise, Shakespeare, Browning, Wilde.
  • Constantinople Vit trois années à Constantinople après le retour de la famille en Égypte puis un nouveau départ anticipant les troubles de 1882, période durant laquelle il connaît vraisemblablement ses premières relations homosexuelles.
  • 1892 — le fonctionnaire Entre à vingt-neuf ans au Service de l'Irrigation du ministère des Travaux publics d'Alexandrie, où il accomplit toute sa carrière jusqu'à devenir directeur adjoint, tout en étant également courtier à la Bourse d'Alexandrie.
  • Une double vie Mène une existence de fonctionnaire modèle et discret le jour, fréquentant la nuit les bordels et tavernes interlopes à la recherche de jeunes hommes, sa sexualité, jamais ouvertement assumée publiquement, irriguant néanmoins une part importante de son œuvre.
  • Une publication confidentielle Publie, par perfectionnisme extrême, très peu de son vivant, distribuant ses poèmes sur des feuilles volantes à un public choisi plutôt que de les livrer à une édition commerciale.
  • La reconnaissance anglophone Voit son œuvre traduite en anglais et publiée dans la revue Criterion grâce à T.S. Eliot, qui traduit notamment Ithaque, la seule rétribution financière que Cavafy tirera jamais de ses poèmes venant de ces revues anglaises.
  • 1933 — la mort Meurt le 29 avril, jour de son soixante-dixième anniversaire, dans la même ville d'Alexandrie qui l'a vu naître, laissant un corpus de 154 poèmes reconnus par lui-même.

Œuvres essentielles § 02 — par où commencer

Ithaque — Le meilleur point d'entrée : son poème le plus universellement aimé, sur le voyage comme sens de l'existence.
En attendant les barbares — Son poème le plus célèbre, méditation ironique sur le besoin de l'ennemi.
La Ville — Son texte le plus mélancolique, sur l'impossibilité d'échapper à soi-même.

Apport § 03 — ce qu'il a changé

Cavafy invente une poésie grecque moderne qui transcende les débats linguistiques nationaux de son temps entre langue populaire et langue purifiée, écrivant dans une langue proche de l'oral tout en réactualisant les archaïsmes d'une langue fondatrice de la culture occidentale. Sa vie d'exilé permanent, Alexandrin plus que véritablement grec, éloigné des centres de la vie littéraire d'Athènes, en fait une figure singulière qui transcende son propre contexte national pour atteindre un lyrisme universel où corps, désir et fatalité du temps se répondent sans cesse. Longtemps méconnu, son œuvre est aujourd'hui traduite dans le monde entier et considérée comme l'un des sommets absolus de la poésie grecque moderne, sa réputation dépassant largement son statut d'origine de fonctionnaire obscur.

Style § 04 — à quoi s'attendre

Une écriture courte, sèche et directe, dépourvue de tout effet superflu, qui sait rendre autant la mélancolie que l'humour, la fragilité que le mystère du désir, chaque poème fonctionnant comme un destin en acte hanté par les souvenirs. Ithaque déploie une sagesse sereine sur le voyage comme but en soi plutôt que la destination, tandis qu'En attendant les barbares construit avec une ironie mordante l'absurdité d'une société qui a besoin d'un ennemi pour se définir elle-même. Pour un premier contact, Ithaque offre l'entrée la plus universellement aimée et la plus sereine de son œuvre ; En attendant les barbares permet de mesurer toute l'ironie politique dont Cavafy est capable.