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ŒUVRE N° 2031 — SCIENCE-FICTION — ÉTATS-UNIS — 1953

Fahrenheit 451

1953 · Roman · Ray Bradbury
Dans une société où l'on brûle les livres, un pompier se met à lire.
Pourquoi le lire — Guy Montag est pompier, et son métier consiste à brûler les livres. Un soir, une jeune voisine lui pose une question simple : est-il heureux ? Bradbury a tiré ce roman court d'une nouvelle écrite en neuf jours, et peu de dystopies sont aussi directes. Plus qu'un livre contre la censure d'État, c'est un livre sur ce qu'une société perd quand elle cesse de lire et de se souvenir, et sur la lassitude que provoque le divertissement permanent.

Contexte d'écriture § 01

  • 1949 Bradbury, interpellé par un policier alors qu'il se promène la nuit à pied, tire de l'incident la nouvelle « The Pedestrian » (publiée en 1951), dont le héros annonce celui de Montag.
  • 1947–1948 Il écrit « Bright Phoenix », nouvelle inédite sur une bibliothécaire confrontée à la destruction des livres, première approche du thème.
  • 1951 La novella « The Fireman » paraît dans la revue Galaxy Science Fiction (février) ; Bradbury l'a rédigée en neuf jours dans le sous-sol de la bibliothèque de l'UCLA, en louant une machine à écrire à la demi-heure.
  • 1953 À la demande d'un éditeur de Ballantine, il double la longueur du texte, en une nouvelle série de neuf jours dans la même salle, et termine en août.
  • Octobre 1953 Ballantine publie Fahrenheit 451 ; l'édition originale est complétée de deux nouvelles, « The Playground » et « And the Rock Cried Out ».
  • 1955 Denoël publie la traduction française dans la collection « Présence du futur ».

Structure § 02

Le roman compte trois parties : « Le foyer et la salamandre », « Le tamis et le sable » et « Brillant à tout feu ». Le récit, à la troisième personne, suit Guy Montag, pompier d'une société où les maisons sont ignifugées et où les pompiers brûlent les livres, dont la possession est interdite. Sa rencontre avec Clarisse McClellan, jeune voisine curieuse, ébranle ses certitudes. Autour de lui : sa femme Mildred, absorbée par les écrans muraux, son chef, le capitaine Beatty, qui connaît très bien les livres qu'il détruit, et Faber, ancien professeur. Bradbury procède par scènes courtes, saturées d'images de feu, de salamandres, de mécanique et de sable, avec un rythme de poursuite dans la dernière partie. Le titre renvoie, selon l'épigraphe du livre, à la température à laquelle le papier s'enflamme.

Réception § 03

Le livre est accueilli comme une dystopie marquante de la guerre froide et reçoit en 1954 le prix de l'American Academy of Arts and Letters et la médaille d'or du Commonwealth Club of California. Il obtient plus tard un Retro Hugo (2004) et le prix Prometheus Hall of Fame (1984). L'histoire du texte comporte une polémique : à partir de 1967, Ballantine diffuse pour les écoles une édition expurgée, qui modifie soixante-quinze passages ; Bradbury l'apprend en 1979 et obtient la restitution du texte original en 1980. François Truffaut en tire un film en 1966, avec Oskar Werner et Julie Christie, et HBO un téléfilm réalisé par Ramin Bahrani en 2018.

Pourquoi il compte encore § 04

Fahrenheit 451 reste une référence dans les débats sur la censure et la lecture, mais la lecture classique, qui y voit une fable sur la répression d'État, rate l'essentiel : le danger que décrit Bradbury vient d'abord d'une société qui renonce d'elle-même aux livres, par distraction et par confort. Cette inquiétude face aux écrans et à l'attention fragmentée donne au roman une résonance renouvelée. Court, accessible et très imagé, il sert de porte d'entrée à la science-fiction pour de nombreux lecteurs.