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ŒUVRE N° 2029 — SCIENCE-FICTION — ÉTATS-UNIS — 1950

Chroniques martiennes

1950 · Recueil de nouvelles · Ray Bradbury
Des récits sur la colonisation de Mars par les Terriens, et la disparition des Martiens.
Pourquoi le lire — Ce n'est pas un roman et pas tout à fait un recueil : Bradbury a assemblé des nouvelles écrites séparément pour en faire la chronique d'une conquête, depuis les premières expéditions jusqu'à l'abandon de Mars. Les Martiens y sont des êtres délicats, parfois cruels, que la venue des Terriens détruit sans le vouloir. Sous le décor de science-fiction, le livre parle de colonisation, de nostalgie du pays que l'on quitte et de ce que l'on emporte de ses erreurs.

Contexte d'écriture § 01

  • 1945–1950 Bradbury publie en revue plusieurs des récits qui formeront le livre.
  • Vers 1949 Un éditeur de Doubleday, Walter Bradbury (sans lien de parenté), lui suggère de réunir ses récits martiens en un seul ouvrage, et lui propose 750 dollars pour un plan.
  • Inspirations Bradbury cite Winesburg, Ohio de Sherwood Anderson, dont il voulait reprendre la forme d'un livre de portraits liés, ainsi que Les Raisins de la colère de Steinbeck, pour ses chapitres intercalaires.
  • 1950 Doubleday publie The Martian Chronicles, qui rassemble des nouvelles déjà parues et des textes écrits pour l'occasion.
  • 1954 Denoël publie la traduction française d'Henri Robillot ; c'est le premier titre de la collection « Présence du futur ».
  • 1997 Une édition révisée repousse la chronologie de trente et un ans (2030–2057 au lieu de 1999–2026), ajoute deux récits (« The Fire Balloons », « The Wilderness ») et en retire un.

Structure § 02

Le livre se compose de vingt-six récits datés, rangés dans l'ordre chronologique, de janvier 1999 à octobre 2026 dans la version de 1950. Il s'organise en trois mouvements : les premières expéditions, où Terriens et Martiens se rencontrent, avec l'épidémie de varicelle qui décime les Martiens ; la colonisation, entre villes nouvelles et nostalgie de la Terre, qui s'achève par le rappel des colons après une guerre atomique ; enfin les derniers survivants. Des vignettes brèves, sans personnage récurrent, alternent avec des nouvelles plus développées. Le fil conducteur est l'histoire collective plutôt qu'un héros, ce qui donne un récit fait de variations sur quelques thèmes : la peur de l'autre, l'oubli, la solitude.

Réception § 03

À sa parution, le livre bénéficie d'un accueil exceptionnel pour un ouvrage de science-fiction, y compris hors du genre. Christopher Isherwood y voit un talent « réellement original » et le compare à Poe ; Anthony Boucher et J. Francis McComas parlent d'une interprétation poétique de l'histoire future. Plus de trois millions d'exemplaires étaient vendus en 1979, selon les sources américaines. En France, il est classé parmi les grands livres de science-fiction, dont La Bibliothèque idéale de la SF (1988). Une mini-série télévisée de Michael Anderson en est tirée en 1980.

Pourquoi il compte encore § 04

Chroniques martiennes est devenu le livre qui prouve que la science-fiction peut faire œuvre littéraire sans abandonner son imaginaire. Sa Mars, éloignée de la planète réelle, est un lieu de projection : on y retrouve la ruée vers l'Ouest, la destruction des cultures indigènes, la crainte d'une guerre nucléaire. Les récits, courts et autonomes, se lisent isolément, ce qui rend le livre abordable par morceaux.