L'essai, divisé en trois parties, prend l'histoire de la pensée allemande comme fil conducteur. Heine y soutient que la révolution religieuse (Luther) a préparé la révolution philosophique (Kant, puis Hegel), et que celle-ci annonce la révolution politique. Il travaille par couples d'opposés — corps et esprit, sensualisme et spiritualisme — et s'appuie sur des figures-clés : Luther, qui libère le corps et la langue par sa traduction de la Bible ; Kant, qui accomplit en philosophie ce que Robespierre accomplit en politique ; Spinoza, dont le système réunit esprit et matière. Heine écrit pour un public cultivé non spécialiste, avec digressions et traits d'ironie.
Les ventes sont modestes, mais l'essai déclenche une vague d'interdictions : Prusse, Hambourg et Autriche le prohibent. Metternich redoute l'influence de Heine, et l'ouvrage est lié à l'interdiction de 1835 visant la Jeune-Allemagne. L'essai contribue néanmoins à faire connaître en France la philosophie allemande.
De l'Allemagne reste l'un des meilleurs portraits d'une culture par un de ses membres devenu étranger : il explique à la fois ce qu'est l'idéalisme allemand et ce qu'il peut produire. On y lit aussi une pensée de l'histoire — la religion, la philosophie, puis la politique — dont l'influence a été durable, et le plaisir d'une prose vive, qui rend la philosophie lisible sans la trahir.