Pourquoi le lire — Poète, essayiste et journaliste, Heinrich Heine (1797-1856) est à la fois l'un des derniers romantiques allemands et celui qui en retourne les codes par l'ironie. Auteur du Livre des chants (1827), dont des poèmes comme « La Loreley » sont entrés dans la mémoire collective et dans le répertoire du lied, il s'installe à Paris en 1831, où il écrit pour le public français comme pour le public allemand. Ses écrits sont interdits dans plusieurs États allemands dès 1835. Il meurt à Paris, après huit années de maladie.
Biographie § 01 — le parcours
- 1797 — naissance Naît à Düsseldorf, le 13 décembre 1797 selon la date la plus souvent retenue (lui-même a parfois indiqué 1799), dans une famille de marchands juifs ; son père s'appelle Samson Heine, sa mère Betty van Geldern.
- 1819-1823 — études Étudie le droit à Bonn, Göttingen puis Berlin ; ses premiers poèmes sont publiés dès 1817.
- 1825 — conversion Docteur en droit à Göttingen, il se fait baptiser protestant à Heiligenstadt et prend le prénom de Heinrich, geste qu'il regrettera par la suite.
- 1826-1831 — Tableaux de voyage Publie les Reisebilder, récits de voyage mêlant description, satire et lyrisme ; il y affirme son ton ironique et critique.
- 1827 — Le Livre des chants Publie chez Hoffmann et Campe son recueil de poèmes, qui lui apporte une célébrité durable.
- 1831 — Paris Quitte l'Allemagne pour Paris, où il restera jusqu'à sa mort ; son journalisme politique, de plus en plus radical, a précipité ce départ.
- 1835 — l'interdiction Ses écrits sont interdits dans les États de la Confédération germanique pour atteinte à la religion et à la morale, dans la vague de répression qui frappe le mouvement Jeune-Allemagne.
- 1841 — le mariage Épouse Augustine Mirat, qu'il appelle Mathilde ; le couple n'a pas d'enfant. Il entretient des liens avec Karl Marx et Friedrich Engels, tout en restant éloigné de leurs idées.
- 1844 — Allemagne, un conte d'hiver Publie ce long poème satirique né de son voyage de retour à Hambourg à la fin de 1843 ; un mandat d'arrêt est lancé contre lui en Prusse en décembre 1844.
- 1845-1856 — la maladie Atteint d'une grave maladie neurologique à partir de 1845, il passe ses huit dernières années cloué au lit, et continue d'écrire par dictée ; le Romancero paraît en 1851.
- 1856 — la mort Meurt à Paris le 17 février 1856 ; il est enterré au cimetière de Montmartre.
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
Le Livre des chants (1827) — Recueil de poèmes publié chez Hoffmann et Campe en 1827, en cinq sections, qui compte des textes célèbres comme « La Loreley » et qui a nourri une partie du répertoire du lied.
De l'Allemagne (1835) — Un essai sur la religion et la philosophie allemandes, écrit pour le public français.
Allemagne, un conte d'hiver (1844) — Poème satirique en vingt-sept chants, né d'un voyage de retour de Paris à Hambourg à la fin de 1843, où Heine fait le portrait féroce et tendre de sa patrie.
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Heine a renouvelé la poésie allemande de l'intérieur. Il reprend les formes et les motifs du romantisme — la nuit, le tilleul, la chanson populaire, l'amour perdu — mais les traverse d'une ironie, d'une dissonance, d'un retournement final qui disent déjà la modernité. Le Livre des chants a fourni des textes à Schumann, à Schubert et à bien d'autres compositeurs. Dans la prose, ses Tableaux de voyage et ses essais mêlent récit, satire et réflexion politique. Installé à Paris, il se fait médiateur entre deux cultures : il présente aux Français la pensée et la littérature allemandes, et aux Allemands la vie politique française. Son œuvre a pesé sur la poésie lyrique, la satire et l'essai en langue allemande. Les nazis l'ont condamné comme un « souilleur de nid juif ».
Style § 04 — à quoi s'attendre
Une langue simple et musicale, proche de la chanson populaire, qui enchâsse la plaisanterie, le jeu de mots et la pointe dans des vers d'une apparente naïveté. Heine passe sans transition du sentiment à l'ironie, de l'élan lyrique à la chute, et ce contraste est sa marque. Dans la prose, il pratique la digression, le trait d'esprit, la satire politique. Par où commencer : Le Livre des chants, de préférence dans une édition bilingue, pour entendre la musique de l'allemand ; puis Allemagne, un conte d'hiver, pour la verve satirique, avant l'essai De l'Allemagne.