La pièce, d'environ une heure et demie, réunit trois hommes : Serge, dermatologue, qui vient d'acheter un grand tableau blanc ; Marc, ingénieur, son ami, qui le juge ridicule ; Yvan, leur ami commun, conciliant et inquiet. Le dispositif est d'une grande simplicité : un tableau, trois hommes, quelques scènes d'appartements.
Chaque personnage s'adresse parfois directement au public, dans des monologues qui alternent avec les dialogues. La dispute commence par une question d'art contemporain, mais le vrai sujet est l'amitié : ce qui la fonde, ce qu'elle tolère, ce qu'elle suppose d'aveuglement réciproque. Le comique naît de la précision des réactions, et le malaise de ce qu'elles révèlent.
« Art » connaît dès sa création un grand succès public à Paris et reçoit des Molières en 1995. La pièce est ensuite traduite et jouée dans de nombreux pays : à Londres, dans la version de Christopher Hampton, elle reçoit un Laurence Olivier Award en 1997 ; à New York, elle obtient un Tony Award en 1998.
Ce triomphe en fait l'une des pièces françaises contemporaines les plus jouées à l'étranger, et il installe Reza comme dramaturge de dimension internationale. Plusieurs de ses œuvres suivantes, dont Le Dieu du carnage, suivront le même chemin.
« Art » reste une comédie de référence sur l'amitié masculine et sur les crises qui l'éprouvent : on y voit comment un détail, un tableau blanc, révèle les rapports de pouvoir, de mépris et de tendresse entre trois hommes. La pièce est assez simple pour être jouée partout, assez fine pour être relue, et elle montre comment une querelle sur un objet peut dire toute une vie. Elle donne l'entrée la plus directe dans l'univers théâtral de Reza.