Pourquoi le lire — Emprisonné à la Bastille à vingt-trois ans pour des vers satiriques contre le régent, Voltaire consacre ensuite l'essentiel de sa vie à combattre l'intolérance et l'arbitraire — jusqu'à intervenir personnellement dans l'affaire Calas, une famille protestante injustement persécutée, dont il obtient la réhabilitation posthume. Sa dépouille rejoint le Panthéon treize ans après sa mort, avec cette inscription : « Il agrandit l'esprit humain, et lui apprit à être libre. »
Biographie § 01 — le parcours
- Origines Né François-Marie Arouet le 21 novembre 1694 à Paris, dans une famille bourgeoise ; son père est notaire et conseiller du roi. Perd sa mère à sept ans.
- La formation Étudie de 1704 à 1711 la rhétorique et la philosophie chez les jésuites du collège Louis-le-Grand, fréquentant très tôt les salons parisiens et les milieux libertins.
- 1717 — la Bastille Emprisonné pour des vers satiriques contre le régent Philippe d'Orléans ; y rédige Œdipe.
- 1718 Triomphe au théâtre avec Œdipe et adopte le nom de plume Voltaire.
- 1726-1729 — l'exil anglais Un conflit avec le chevalier de Rohan le conduit en exil en Angleterre, expérience décisive pour sa réflexion politique et religieuse, où il observe la liberté de la presse et une monarchie moins absolue.
- 1734 — le scandale Publie les Lettres philosophiques, qui créent un immense scandale et sont condamnées à être brûlées.
- Cirey puis la Prusse Réside au château de Cirey auprès d'Émilie du Châtelet, puis séjourne de 1750 à 1753 chez Frédéric II de Prusse à Potsdam comme historiographe.
- 1758-1759 — Ferney S'installe à Ferney, village frontalier suisse, où il devient le « patriarche des Lumières », recevant des intellectuels de toute l'Europe ; publie Candide la même année.
- 1762-1763 — l'affaire Calas S'engage personnellement dans la réhabilitation de Jean Calas, protestant injustement exécuté, publiant le Traité sur la tolérance ; intervient également dans les affaires Sirven et du chevalier de La Barre.
- 1778 — le retour et la mort Quitte Ferney pour Paris, où il n'était pas revenu depuis 1750, accueilli en triomphe par le peuple ; meurt le 30 mai, peu avant la Révolution française.
- 1791 Sa dépouille est transférée au Panthéon le 11 juillet, avec cette inscription sur son cercueil : « Il agrandit l'esprit humain, et lui apprit à être libre. »
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
Candide, ou l'Optimisme (1759) — Le meilleur point d'entrée : un jeune homme naïf traverse malheur sur malheur, prétexte à une satire mordante de l'optimisme philosophique et des injustices de son siècle.
Traité sur la tolérance (1763) — Écrit à l'occasion de l'affaire Calas, son combat le plus concret pour la justice et contre le fanatisme religieux.
Zadig, ou La Destinée (1747) — Un conte philosophique oriental sur les caprices du destin et l'impossibilité de tout prévoir.
Lettres philosophiques (1734) — Le texte qui lui vaut la condamnation au bûcher — ses observations sur l'Angleterre, tournées en critique acerbe de la France.
Bibliographie complète § 03 — une sélection
- Œdipe (1718, théâtre)
- La Henriade (1723, épopée)
- Lettres philosophiques (1734)
- Zadig, ou La Destinée (1747)
- Micromégas (1752)
- Candide, ou l'Optimisme (1759)
- Traité sur la tolérance (1763)
- Dictionnaire philosophique portatif (1764)
Apport § 04 — ce qu'il a changé
Voltaire incarne l'esprit des Lumières par sa critique inlassable de l'intolérance et de l'arbitraire, poursuivant à travers toute l'Europe et jusqu'en Amérique une correspondance de plus de 24 000 lettres retrouvées. Pamphlétaire redouté, il s'engage personnellement au service de grandes causes concrètes — la tolérance, la liberté d'expression — luttant contre les persécutions religieuses subies par le chevalier de La Barre ou la famille Calas, sous la formule devenue célèbre « Écrasez l'Infâme ». Déiste, il se tient à distance de l'athéisme virulent de certains de ses contemporains comme le baron d'Holbach, préférant un combat rationaliste et judiciaire plutôt qu'un système philosophique cohérent. Sa pensée, proche de la conception lockéenne du droit naturel, fait de lui l'une des figures les plus déterminantes de tout le XVIIIe siècle européen.
Style § 05 — à quoi s'attendre
Un style vif, ironique et volontairement rapide, particulièrement identifiable dans ses contes philosophiques où l'humour satirique sert d'arme contre l'optimisme métaphysique, l'intolérance religieuse et les injustices sociales de son temps. Voltaire préfère l'attaque brève et mordante à la démonstration systématique, ce qui rend une grande partie de son œuvre étonnamment accessible malgré la profondeur de ses préoccupations philosophiques. Pour un premier contact, Candide offre l'entrée la plus rapide et la plus universellement appréciée ; le Traité sur la tolérance demande un intérêt plus spécifique pour le contexte judiciaire précis de l'affaire Calas.
Citations célèbres § 06
- « Nous avons assez de religion pour haïr et persécuter et nous n'en avons pas assez pour aimer et secourir. » (Traité sur la tolérance)
- « Qu'est-ce qu'optimisme ? — Hélas ! c'est la rage de soutenir que tout est bien quand on est mal. » (Candide)