Pourquoi le lire — R. K. Narayan (1906–2001) est l'un des premiers grands romanciers indiens de langue anglaise. Il situe presque toute son œuvre à Malgudi, ville imaginaire du sud de l'Inde qu'il peuple d'écoliers, de commerçants, de guides et de journalistes, et qu'il observe avec une ironie tendre, sans jamais forcer le trait. Révélé en 1935 grâce à Graham Greene, il publie pendant plus de soixante ans romans, nouvelles et réécritures de récits mythologiques. Le Guide (1958) reste son livre le plus connu.
Biographie § 01 — le parcours
- Naissance et enfance Rasipuram Krishnaswami Narayanaswami naît à Madras le 10 octobre 1906, dans une famille brahmane ; son père dirige un lycée. Il est élevé en grande partie par sa grand-mère maternelle, Parvati, qui lui enseigne le calcul, la mythologie et le sanskrit.
- Formation Il fait ses études à Mysore, au Maharaja's College. Après un bref passage dans l'enseignement, il devient reporter pour The Justice, journal de Madras.
- 1933 Il épouse Rajam, malgré des horoscopes que les astrologues avaient d'abord jugés incompatibles.
- 1935 — Swami et ses amis Premier roman, d'abord refusé par des éditeurs. Graham Greene lit le manuscrit, le recommande et lui trouve son titre définitif ; le livre paraît à Londres chez Hamish Hamilton.
- 1937–1945 Il prolonge Malgudi avec The Bachelor of Arts (1937), The Dark Room (1938) puis The English Teacher (1945). Rajam est morte de la typhoïde en 1939 ; The English Teacher, en partie autobiographique, en garde la trace. Narayan ne se remarie pas.
- 1952–1961 The Financial Expert (1952), Le Guide (1958) et The Man-Eater of Malgudi (1961) installent sa réputation internationale.
- 1960 — la consécration indienne Le Guide reçoit le prix de la Sahitya Akademi, l'académie nationale des lettres de l'Inde.
- 1964–1980 Il reçoit le Padma Bhushan en 1964, puis en 1980 la médaille A. C. Benson de la Royal Society of Literature.
- 1967 et 1976 Il publie Le Vendeur de friandises (1967) puis The Painter of Signs (1976), sans quitter Malgudi.
- Dernières années Nommé membre de la Rajya Sabha, chambre haute du Parlement indien, il reçoit le Padma Vibhushan en 2000 et meurt à Chennai (Madras) le 13 mai 2001.
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
Swami et ses amis (1935) — Premier roman de Narayan : les mésaventures de Swaminathan, écolier de dix ans, et de ses camarades Mani et Rajam, dans la Malgudi de l'Inde coloniale, entre école, jeux et agitation nationaliste.
Le Guide (1958) — Raju, guide touristique devenu prisonnier, est pris pour un saint homme dans un village et se laisse prendre au rôle. Fable ironique sur l'imposture et sur ce qu'elle finit par faire de celui qui la joue.
Le Vendeur de friandises (1967) — Jagan, marchand de friandises de Malgudi et admirateur de Gandhi, voit revenir d'Amérique son fils Mali, porteur d'autres valeurs et d'un projet de machine à écrire des romans.
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Narayan a donné à la littérature indienne de langue anglaise un lieu et un ton. Le lieu, c'est Malgudi, ville imaginaire du sud de l'Inde qu'il décrit de roman en roman, de 1935 à ses derniers livres, au point d'en faire un personnage à part entière. Le ton, c'est une comédie humaine tendre, attentive aux petites vanités et aux grandes illusions, qui n'a besoin ni de thèse politique ni d'exotisme pour intéresser un lecteur étranger.
Avec Mulk Raj Anand et Raja Rao, il compte parmi les premiers romanciers indiens majeurs de langue anglaise, mais il se distingue par sa retenue : il montre des vies ordinaires, des commerçants, des écoliers, des guides, sans les expliquer ni les traduire en cartes postales. Ses récits ont aussi touché un large public indien par la télévision : Shankar Nag adapte Malgudi Days en série en 1986.
Style § 04 — à quoi s'attendre
Une prose limpide, volontairement simple, proche de l'anglais parlé en Inde et débarrassée de toute surcharge. Narayan écrit à hauteur de ses personnages : le narrateur reste discret, l'ironie ne tourne jamais à la moquerie, et l'humour naît de l'écart entre la gravité que chacun met dans ses affaires et la petitesse de leurs enjeux. Les intrigues sont nettes, souvent chronologiques ; la tradition hindoue, ses rites, ses mythes, ses ascètes, y affleure comme un fait de la vie quotidienne et non comme un décor.
Par où commencer : Le Guide, pour son intrigue à deux temps et sa fin ouverte ; Swami et ses amis, si l'on préfère entrer dans Malgudi par l'enfance ; Le Vendeur de friandises, pour une comédie plus discrète sur le fossé entre un père et son fils.