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FICHE N° 0309 — LITT. FRANÇAISE — ROMAN POÉTIQUE — XXe S.

Julien Gracq

1910 – 2007 · France · Langue française
Romancier et essayiste — auteur du Rivage des Syrtes, premier écrivain à avoir refusé le prix Goncourt.
Pourquoi le lire — Né Louis Poirier, agrégé d'histoire et de géographie devenu professeur, Julien Gracq mène en parallèle une carrière d'enseignant et une œuvre littéraire d'une exigence rare, publiée chez l'éditeur des surréalistes José Corti. Son roman le plus célèbre, Le Rivage des Syrtes, obtient en 1951 le prix Goncourt qu'il refuse aussitôt, geste sans précédent dans l'histoire littéraire française, cohérent avec le pamphlet où il venait de dénoncer les compromissions commerciales du monde littéraire de son temps.

Biographie § 01 — le parcours

  • Origines Naît Louis Poirier le 27 juillet 1910 à Saint-Florent-le-Vieil, dans le Maine-et-Loire, fils de commerçants, découvrant très jeune les plaisirs de la lecture.
  • Une formation d'élite Élève remarquable, obtient son baccalauréat avec mention très bien en 1928, avant de s'inscrire à l'École normale supérieure et simultanément à l'École libre des sciences politiques, où il étudie la géographie, devenant agrégé d'histoire et de géographie en 1934.
  • 1937-1939 — Au château d'Argol Écrit son premier roman, refusé par les éditions de la NRF, qui ne paraît finalement qu'en 1939 après sa rencontre avec José Corti, éditeur historique des écrivains surréalistes, sous le pseudonyme de Julien Gracq destiné à distinguer sa carrière littéraire de sa carrière de professeur.
  • La guerre Est mobilisé dans l'infanterie de 1939 à 1941, une expérience qui se reflète plus tard dans Le Rivage des Syrtes et Un balcon en forêt.
  • 1945-1949 — l'après-guerre productif Publie dans ces années Un beau ténébreux en 1945, Liberté grande en 1947 et Le Roi pêcheur en 1948, tout en rédigeant un essai remarqué sur André Breton.
  • 1950 — La Littérature à l'estomac Publie ce pamphlet qui fait le procès du mercantilisme et de la mondanité régnant dans la « République des Lettres », fustigeant la critique, le vedettariat des écrivains et les prix littéraires.
  • 1951 — Le Rivage des Syrtes et le refus du Goncourt Publie son roman le plus célèbre, couronné le 3 décembre 1951 par le prix Goncourt, qu'il refuse publiquement au nom de l'honnêteté intellectuelle qu'il venait de défendre dans son pamphlet, un geste sans précédent dans l'histoire littéraire française.
  • Une consécration discrète Continue d'écrire romans, essais et poèmes, Un balcon en forêt en 1958, La Forme d'une ville en 1985, jusqu'à voir ses œuvres publiées de son vivant dans la prestigieuse Bibliothèque de la Pléiade, une consécration critique presque sans équivalent à son époque.
  • 2007 — la mort Meurt le 22 décembre à Angers, laissant une œuvre traduite en vingt-six langues et étudiée dans de nombreuses thèses et concours académiques.

Œuvres essentielles § 02 — par où commencer

Le Rivage des Syrtes (1951) — Le meilleur point d'entrée : son roman le plus célèbre, méditation sur le déclin d'une civilisation imaginaire.
Au château d'Argol (1938) — Son premier roman, publié par l'éditeur des surréalistes.
Un beau ténébreux (1945) — Un roman de l'attente et du désir, sur une plage désertée en fin de saison.
La Littérature à l'estomac (1950) — Son pamphlet contre le mercantilisme du monde littéraire.

Apport § 03 — ce qu'il a changé

Gracq demeure le premier écrivain à avoir refusé le prix Goncourt, un geste devenu emblématique de son exigence d'indépendance vis-à-vis des compromissions commerciales et mondaines de la vie littéraire, qu'il avait dénoncées un an plus tôt dans La Littérature à l'estomac. Son œuvre romanesque, très symbolique, vise à mener le lecteur dans ce que la critique nomme un « éther romanesque », projection du paysage intérieur des personnages où les lieux sont toujours porteurs du mystère de l'existence, l'homme ne déchiffrant pas son destin dans le fracas de l'histoire mais dans ses marges. Le Rivage des Syrtes emprunte à Oswald Spengler et à sa théorie du déclin des civilisations une méditation sur le vieillissement des sociétés, dans une prose d'une richesse et d'une musicalité qui lui valent une consécration critique rare, jusqu'à son entrée de son vivant dans la Bibliothèque de la Pléiade.

Style § 04 — à quoi s'attendre

Une prose somptueuse et enveloppante, qui fait un appel constant à la dérive onirique pour abolir la frontière entre rêve et réalité, dans un climat de désir et d'attente empreint d'une inquiétante étrangeté. Le Rivage des Syrtes déploie cette esthétique à l'échelle d'une géopolitique imaginaire, la principauté d'Orsenna face au mystérieux Farghestan, tandis qu'Un beau ténébreux la concentre dans le huis clos d'une plage désertée en fin de saison. Pour un premier contact, Le Rivage des Syrtes offre l'entrée la plus ample et la plus caractéristique de son art ; Au château d'Argol permet de mesurer les racines surréalistes de son écriture.