Pourquoi le lire — Fils d'un cordonnier et d'une repasseuse, né à Manosque qu'il ne quittera jamais, Jean Giono crée de roman en roman un « Sud imaginaire » que Henry Miller a pu comparer à celui de Faulkner, connaissant le succès dès la publication de Colline en 1929. À la fois conteur et poète nourri d'Homère et de Virgile, il traverse une profonde crise après avoir été soupçonné de collaboration à la Libération, avant de connaître un nouveau souffle en 1951 avec Le Hussard sur le toit, qui ouvre la seconde et plus sombre phase de son œuvre.
Biographie § 01 — le parcours
- Origines Naît le 30 mars 1895 à Manosque, fils d'un cordonnier et d'une repasseuse, dans une ville qu'il ne quittera jamais et qui devient le cœur géographique de la quasi-totalité de son œuvre.
- 1929 — Colline et le succès Connaît le succès dès la publication de ce premier roman, créant de livre en livre un « Sud imaginaire » à l'instar de celui de Faulkner, auquel Henry Miller le comparera, mêlant dans son écriture le souffle du conteur et la culture du poète nourri d'Homère et de Virgile.
- Les grands romans lyriques Compose avant 1939 d'amples romans lyriques et épiques, Regain, Le Chant du monde et Que ma joie demeure, qui connaissent le succès jusqu'aux États-Unis et lui valent la Légion d'honneur en 1932.
- 1934 — le pacifisme intégral Milite à partir de cette année pour un pacifisme intégral et publie plusieurs essais contre la guerre et la civilisation technicienne, organisant avec des amis les Rencontres du Contadour, moments de liberté en pleine nature dans la montagne de Lure.
- La guerre et la suspicion Voit son pacifisme lui valoir des ennuis pendant la guerre, notamment après avoir accepté de faire paraître en feuilleton son roman Deux Cavaliers, ce qui le fait soupçonner de collaboration à la Libération et le transforme en paria de la vie littéraire.
- L'après-guerre — une écriture transformée Voit son écriture devenir plus incisive, allègre et ironique après 1945, tandis que son œuvre prend une tonalité plus sombre et pessimiste, se développant dans deux directions, le cycle du Hussard et les Chroniques romanesques.
- 1951 — Le Hussard sur le toit Publie ce roman qui met fin à des années de mise à l'écart et connaît un succès mondial, marquant un tournant décisif après les épreuves et les polémiques que son pacifisme lui avait values pendant la guerre.
- 1954 — l'Académie Goncourt Est élu membre de l'Académie Goncourt, une reconnaissance officielle qui confirme sa réhabilitation complète dans le monde des lettres, tout en conservant son attachement farouche à Manosque et son refus constant de la vie parisienne.
- 1970 — la mort Meurt le 9 octobre à Manosque, la ville qui l'a vu naître et qu'il n'aura jamais quittée, laissant une œuvre en marge de toutes les tendances littéraires contemporaines de son temps.
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
Colline (1929) — Le meilleur point d'entrée : son premier grand succès, qui invente son « Sud imaginaire ».
Regain (1930) — Un roman lyrique et épique de la première période, adapté au cinéma par Marcel Pagnol.
Le Hussard sur le toit (1951) — Son grand roman d'aventures, qui ouvre la seconde phase, plus sombre, de son œuvre.
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Giono invente, de roman en roman, un « Sud imaginaire » ancré dans la Provence rurale de son enfance, une géographie mentale que Henry Miller comparera à celle de Faulkner pour son Sud américain, mêlant réalisme absolu et souffle merveilleux dans une langue authentiquement provençale. Son œuvre se déploie en deux temps nettement distincts : une première période lyrique et épique, nourrie d'Homère et de Virgile, célébrant la terre et les hommes qui la travaillent, puis, après la douloureuse traversée de la guerre et des soupçons de collaboration, une seconde manière plus incisive et ironique, où la part des hommes et de la mort prend le dessus sur le lyrisme premier de la terre. Son pacifisme intégral, affirmé dès 1934, imprègne durablement une œuvre qui interroge sans relâche la civilisation technicienne et la folie de la guerre.
Style § 04 — à quoi s'attendre
Une écriture qui allie le lyrisme du conteur à l'exigence du poète, capable de faire de la terre et des paysages provençaux de véritables personnages à part entière, avant de se muer après-guerre en une prose plus incisive et allègre, mais traversée d'une ironie et d'un pessimisme nouveaux. Le Hussard sur le toit, avec son épidémie de choléra qui ravage la Provence, fait du fléau un révélateur implacable du corps social, une manière indirecte pour Giono de continuer à penser l'expérience traumatique de l'Occupation qu'il vient de traverser. Pour un premier contact, Colline offre l'entrée la plus caractéristique de sa première manière lyrique ; Le Hussard sur le toit permet de découvrir directement le souffle romanesque de sa seconde période, plus sombre et plus mordante.