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FICHE N° 0198 — LITT. DE LANGUE ALLEMANDE — XXe-XXIe S.

Herta Müller

Née en 1953 · Allemagne (née en Roumanie) · Langue allemande
Romancière, poète et essayiste — prix Nobel 2009, voix majeure de la dissidence germano-roumaine sous le régime de Ceaușescu.
Pourquoi la lire — Née à Nitzkydorf, village germanophone du Banat roumain, fille d'un père ayant servi dans la Waffen-SS et d'une mère déportée cinq ans en Union soviétique, Müller émigre en Allemagne en 1987 après avoir été licenciée pour avoir refusé de coopérer avec la Securitate, la redoutable police secrète roumaine. En 2009, elle reçoit le prix Nobel de littérature pour une œuvre qui, avec la concentration de la poésie et la franchise de la prose, dépeint le paysage des dépossédés.

Biographie § 01 — le parcours

  • Origines Née le 17 août 1953 à Nitzkydorf, village germanophone du Banat, région passée de l'Empire austro-hongrois à la Roumanie au lendemain de la Première Guerre mondiale, ses parents membres de la minorité germanophone de Roumanie, son père ayant servi dans la Waffen-SS durant la Seconde Guerre mondiale, tandis que sa mère est déportée en 1945 en Union soviétique, passant cinq ans dans un camp de travail dans l'actuelle Ukraine.
  • 1973-1976 — les études Étudie la littérature allemande et roumaine à l'université de Timișoara, devenant membre du groupe Aktionsgruppe Banat, collectif d'écrivains germanophones défendant la liberté d'expression face à la censure du régime de Nicolae Ceaușescu.
  • 1977-1979 — le licenciement Travaille comme traductrice dans une usine de machines, poste dont elle est licenciée pour avoir refusé de coopérer avec la Securitate, la redoutable police secrète roumaine.
  • 1982 — Nadirs Publie ce premier livre en Roumanie, portant sur le regard d'un enfant sur le Banat de culture allemande, récompensé par un prix officiel malgré les critiques de certains membres de sa propre communauté pour son portrait peu complaisant de la vie villageoise ; le livre paraît en Allemagne après avoir été introduit clandestinement, échappant à la censure gouvernementale.
  • 1987 — l'émigration Émigre en Allemagne avec son mari après avoir critiqué ouvertement le gouvernement communiste roumain, s'installant à Berlin, où elle réside depuis.
  • 1984-1994 — la productivité allemande Publie une dizaine de livres en Allemagne, sa productivité s'épanouissant pleinement dans son pays d'accueil, dont Der Teufel sitzt im Spiegel en 1991.
  • 1994 — La Bête du cœur Publie ce roman portant sur quatre jeunes gens vivant dans l'État policier totalitaire de la Roumanie communiste, écrit en mémoire de ses amis roumains tués sous le régime de Ceaușescu, recevant la même année le prix Kleist.
  • 1997 — La Convocation Publie ce roman consacré à la longue main de la police secrète s'immisçant dans la sphère privée.
  • 1998 — la reconnaissance internationale Voit la traduction anglaise de La Bête du cœur remporter l'International Dublin Literary Award, le plus riche prix littéraire au monde pour une œuvre de fiction unique, reconnaissance qui la protège contre de nouvelles attaques de la Securitate.
  • 2009 — La Bascule du souffle et le Nobel Publie ce roman sur la déportation de la minorité germano-roumaine en Union soviétique, initialement envisagé comme un projet d'écriture conjointe avec le poète Oskar Pastior, lui-même déporté en travaux forcés, dont les souvenirs détaillés fournissent la matière du livre après sa mort survenue en pleine phase préparatoire ; reçoit la même année le prix Nobel de littérature « qui, avec la concentration de la poésie et la franchise de la prose, dépeint le paysage des dépossédés ».

Œuvres essentielles § 02 — par où commencer

La Bête du cœur (1994) — Le meilleur point d'entrée : son roman le plus célébré, couronné par l'International Dublin Literary Award.
La Bascule du souffle (2009) — Son monument littéraire à la mémoire d'Oskar Pastior et des déportés germano-roumains.
L'Homme est un grand faisan dans le monde (1986) — Son roman sur la tentative d'émigration d'une famille rurale roumaine.
Nadirs (1982) — Son tout premier livre, introduit clandestinement hors de Roumanie.

Apport § 03 — ce qu'il a changé

Considérée comme l'une des figures littéraires les plus courageuses et les plus brillantes de l'Europe contemporaine, Müller donne voix, à travers l'ensemble de son œuvre, au destin de la minorité germanophone dans les pays d'Europe centrale, décrivant la vie en Roumanie sous la tyrannie de la dictature de Ceaușescu avec une sensibilité constante pour l'aliénation, la corruption et les vulnérabilités auxquelles font face les femmes. Ses romans successifs, souvent nourris de sa propre expérience au sein d'une petite communauté germanophone ethnique en Roumanie, illustrent la double oppression subie par les dissidents de la minorité allemande sous le régime totalitaire, contraints de préserver leur culture par des règles traditionnelles rigides avant de subir, une fois échappés vers la ville par les études, l'oppression exercée par l'État policier lui-même. Autrice de plusieurs volumes de collages combinant images et texte en plus de ses romans, essais et poèmes, elle transforme la déportation de sa propre mère et le témoignage détaillé de son ami Oskar Pastior en un monument littéraire durable à la mémoire des Germano-Roumains déportés en Union soviétique.

Style § 04 — à quoi s'attendre

Une écriture qui, avec la « concentration de la poésie et la franchise de la prose », selon les termes mêmes du jury du Nobel, dépeint le paysage des dépossédés, portée par une sensibilité constante à l'aliénation, à la corruption et aux vulnérabilités féminines sous les régimes oppressifs. Cette prose, d'une intensité poétique rare pour un texte narratif, explore avec constance la vie quotidienne sous une dictature, les amitiés rendues difficiles par la surveillance, et le long bras de la police secrète s'immisçant jusque dans la sphère la plus intime des existences. Pour un premier contact, La Bête du cœur offre l'entrée la plus accessible et la plus universellement saluée de son œuvre, portrait de quatre jeunes gens fuyant vers l'Allemagne ; La Bascule du souffle permet d'aborder pleinement sa dimension de témoignage historique sur la déportation germano-roumaine, nourrie par la mémoire d'un ami disparu.