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FICHE N° 0150 — LITT. AMÉRICAINE — XXe S.

Eugene O'Neill

1888 – 1953 · États-Unis · Langue anglaise
Dramaturge — prix Nobel 1936, seul et unique dramaturge américain de l'histoire du prix, fondateur du théâtre américain moderne.
Pourquoi le lire — Né dans une chambre d'hôtel new-yorkaise, fils d'un acteur itinérant et d'une mère morphinomane, O'Neill puise dans une enfance chaotique et des tragédies familiales durables la matière d'un théâtre entièrement voué à des thèmes graves, à rebours du divertissement léger alors dominant sur les scènes américaines. En 1936, il devient le seul et unique dramaturge américain de l'histoire à recevoir le prix Nobel de littérature, consécration d'une œuvre qui érige définitivement le théâtre en médium littéraire à part entière aux États-Unis.

Biographie § 01 — le parcours

  • Origines Né le 16 octobre 1888 dans une chambre du Barrett Hotel à New York, fils de James O'Neill, acteur de théâtre d'origine irlandaise, et de Mary Ellen Quinlan.
  • Une enfance marquée par le drame Voit sa mère développer une addiction à la morphine après sa naissance, tandis que les tournées incessantes de son père acteur le conduisent à être placé en pension catholique, où il découvre l'amour de la lecture.
  • Le passage à Princeton et la maladie S'inscrit à l'université de Princeton, qu'il quitte après seulement dix mois, traverse une période de vie dissolue et un bref premier mariage, avant de développer une tuberculose qui le contraint à une longue convalescence.
  • La révélation de l'écriture Commence à écrire durant sa convalescence et s'inscrit à un cours d'écriture dramatique à Harvard.
  • 1916 — les débuts théâtraux Voit sa première pièce en un acte, À l'est pour Cardiff, produite à Provincetown, dans le Massachusetts.
  • 1920 — le premier grand succès Publie Au-delà de l'horizon, qui lui vaut son premier prix Pulitzer et marque le véritable début de sa reconnaissance publique.
  • 1920-1943 — les grandes pièces Compose vingt longues pièces en un peu plus de deux décennies, dont Anna Christie, Désir sous les ormes, Le Grand Dieu Brown, Interlude étrange et Le Deuil sied à Électre, s'imposant comme le dramaturge le plus ambitieux de sa génération.
  • 1936 — le Nobel Reçoit le prix Nobel de littérature, décision reportée et finalement attribuée en 1937 après que le comité eut jugé qu'aucun nominé de l'année ne répondait pleinement aux critères, devenant le seul et unique dramaturge américain de l'histoire ainsi distingué.
  • Les années 1940 — l'écriture secrète Compose durant cette décennie sa pièce la plus autobiographique, Long voyage vers la nuit, mais refuse catégoriquement qu'elle soit publiée ou jouée de son vivant, en raison de sa dimension trop intimement familiale.
  • 1946 — Le Marchand de glace est arrivé Revient sur scène après dix ans d'absence avec l'une de ses pièces les plus sombres.
  • La maladie de Parkinson Voit sa capacité à écrire progressivement anéantie par un tremblement des mains diagnostiqué comme une maladie de Parkinson durant ses dix dernières années de vie.
  • 1953 Meurt le 27 novembre d'une pneumonie bronchique à Boston, à soixante-cinq ans.
  • 1956 — la consécration posthume Voit Long voyage vers la nuit produit à titre posthume au Théâtre royal dramatique de Stockholm, aujourd'hui considéré comme son chef-d'œuvre absolu, qui lui vaut un quatrième prix Pulitzer et un Tony Award posthumes.

Œuvres essentielles § 02 — par où commencer

Long voyage vers la nuit (1956, posthume) — Le meilleur point d'entrée : son chef-d'œuvre absolu, pièce la plus autobiographique, consacrée aux tragédies profondes de sa propre famille.
Le Marchand de glace est arrivé (1946) — L'une de ses pièces les plus sombres, portrait d'un groupe de laissés-pour-compte accrochés à leurs illusions.
Le Deuil sied à Électre (1931) — Sa grande transposition moderne de la tragédie grecque antique.
Désir sous les ormes (1924) — L'une de ses premières grandes tragédies, transposition américaine des passions antiques.

Apport § 03 — ce qu'il a changé

Seul et unique dramaturge américain de l'histoire à recevoir le prix Nobel de littérature, O'Neill s'impose comme le premier auteur américain à concevoir le théâtre comme un véritable médium littéraire à part entière, rompant définitivement avec le divertissement léger qui dominait jusque-là les scènes de son pays. Nourri par l'ambition d'enraciner le drame contemporain américain dans la tragédie grecque antique, il introduit dans le théâtre américain les techniques du réalisme déjà associées à Tchekhov, Ibsen et Strindberg, ainsi que des innovations formelles telles que les apartés parlés et les masques symboliques, qui influencent durablement l'ensemble du théâtre américain ultérieur, de Tennessee Williams à Arthur Miller. Son œuvre, presque entièrement placée sous le signe de la tragédie et du pessimisme personnel, donne pour la première fois voix, dans un anglais vernaculaire américain authentique, à des personnages marginaux luttant désespérément pour préserver leurs espoirs face à une désillusion inéluctable.

Style § 04 — à quoi s'attendre

Un théâtre d'une gravité et d'une ambition littéraire rares pour son époque, hanté par les tragédies familiales et personnelles de son auteur, qui transforme systématiquement l'intime en matière dramatique universelle à travers des personnages rongés par l'alcoolisme, la désillusion et l'incapacité à échapper au poids du passé. Cette écriture, qui vaut à O'Neill d'être salué par le jury du Nobel comme le fondateur du théâtre américain moderne, expérimente sans relâche de nouvelles techniques dramaturgiques, des apartés parlés aux masques symboliques, tout en conservant un ancrage constant dans le réalisme psychologique le plus exigeant. Pour un premier contact, Long voyage vers la nuit offre l'entrée la plus caractéristique et la plus bouleversante de son théâtre autobiographique ; Désir sous les ormes permet d'aborder pleinement sa dimension de tragédien américain inspiré de l'Antiquité.