Pourquoi le lire — Né à Roussé, en Bulgarie, descendant de Juifs séfarades expulsés d'Espagne en 1492, parlant d'abord le ladino puis l'anglais avant d'adopter l'allemand comme troisième langue et langue d'écriture exclusive, Canetti mène une existence traversée par les langues, les pays et les traumatismes collectifs du XXe siècle. En 1981, il reçoit le prix Nobel de littérature pour une œuvre marquée par une vision large, une richesse d'idées et une puissance artistique.
Biographie § 01 — le parcours
- Origines Né le 25 juillet 1905 à Roussé, en Bulgarie, aîné des trois fils du marchand séfarade Jacques Canetti et de son épouse Mathilde, née Arditti, descendants des Juifs expulsés d'Espagne en 1492.
- Les langues d'enfance Parle d'abord le ladino, judéo-espagnol hérité de ses ancêtres, puis l'anglais, appris lorsque ses parents s'installent en Angleterre, l'allemand ne devenant que sa troisième langue et pourtant celle dans laquelle il écrira toute son œuvre.
- 1913 — Vienne Déménage avec sa mère à Vienne après la mort de son père, poursuivant son éducation à Zurich, Francfort puis Vienne.
- 1929 — le doctorat en chimie Obtient un doctorat en chimie à l'université de Vienne.
- La cristallisation d'un intérêt Voit son intérêt pour la psychologie des foules se cristalliser après avoir été témoin d'émeutes liées à l'inflation à Francfort dans les années 1920, puis, en 1927, de l'incendie du Palais de justice de Vienne par une foule en colère.
- 1929-1930 — l'année la plus féconde Passe une année qu'il décrit lui-même comme la plus riche et la plus effrénée de sa vie, travaillant fiévreusement à un projet initialement conçu comme une saga en huit romans inspirée de La Comédie humaine de Balzac.
- 1935 — Auto-da-fé Publie ce roman, réduction du vaste projet initial à un seul livre, récit de la déchéance et de la destruction d'un érudit dans les bas-fonds grotesques d'une ville, roman moderniste tardif largement célébré.
- 1932-1964 — le théâtre Publie ses trois pièces, Le Mariage, Comédie de la vanité et Les Autres.
- Avant la Seconde Guerre mondiale — l'Angleterre Émigre en Angleterre avec sa femme Veza, où il met de côté la littérature de fiction pour se consacrer à la recherche sur la psychologie de masse et la fascination exercée par le fascisme.
- 1960 — Masse et puissance Publie cet aboutissement de ses recherches, étude vaste et érudite couvrant les fêtes chiites, la guerre civile anglaise, les exercices des singes et les effets de l'inflation dans l'Allemagne de Weimar.
- 1977-1985 — l'autobiographie Publie sur huit ans les trois volumes de son autobiographie, La Langue sauvée, Le Flambeau dans l'oreille puis Le Jeu du regard, qui inclut le récit de l'écriture et de la publication d'Auto-da-fé.
- 1981 — le Nobel Reçoit le prix Nobel de littérature « pour une œuvre marquée par une vision large, une richesse d'idées et une puissance artistique », distinction qui lui apporte une aisance financière considérable.
- 1994 Meurt le 14 août à Zurich, en Suisse, à quatre-vingt-neuf ans.
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
Auto-da-fé (1935) — Le meilleur point d'entrée : son roman le plus célébré, récit de la déchéance d'un érudit dans les bas-fonds grotesques d'une ville.
Masse et puissance (1960) — Son grand essai sur la psychologie des foules et le pouvoir, œuvre encore citée aujourd'hui.
La Langue sauvée (1977) — Le premier volume de son autobiographie, consacré à son enfance européenne.
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Canetti livre une œuvre traversant de multiples disciplines, mêlant roman, théâtre, essai anthropologique et politique, aphorismes et autobiographie, portée par une réflexion constante sur la dynamique des foules et les comportements obsessionnels de l'individu face au collectif. Son grand essai Masse et puissance, aboutissement de son immersion dans la recherche sur la psychologie de masse et la fascination exercée par le fascisme, demeure encore aujourd'hui fréquemment cité dans les discussions consacrées à la psychologie des foules, son érudition traversant les fêtes chiites, la guerre civile anglaise et les effets de l'inflation dans l'Allemagne de Weimar. Écrivant en allemand, sa troisième langue seulement, après le ladino et l'anglais de son enfance, il incarne une trajectoire européenne traversée par l'exil et les traumatismes collectifs du XXe siècle, consacrant la seconde moitié de sa vie à une écriture autobiographique qui transforme ses expériences de voyage et d'exil en une matière littéraire d'une richesse rare.
Style § 04 — à quoi s'attendre
Une œuvre marquée par une « vision large, une richesse d'idées et une puissance artistique », selon les termes mêmes du jury du Nobel, dont Auto-da-fé demeure l'expression romanesque la plus aboutie, roman moderniste tardif consacré à la déchéance grotesque d'un érudit reclus parmi ses livres. Cette écriture, qu'elle prenne la forme du roman, de l'essai ou de l'autobiographie, explore avec constance les mécanismes de la foule, la psychopathologie du pouvoir et la position de l'individu en décalage avec la société qui l'entoure, dans une prose d'une érudition et d'une précision remarquables. Pour un premier contact, Auto-da-fé offre l'entrée la plus caractéristique et la plus universellement célébrée de son œuvre romanesque ; Masse et puissance permet d'aborder pleinement sa réflexion anthropologique et politique sur les foules et le pouvoir.