Pourquoi le lire — Né à Séville dans une famille de lettrés, Machado devient l'un des plus grands poètes espagnols de son temps et l'un des plus engagés dans la vie historique particulièrement troublée de sa nation. Professeur de français à Soria, il y épouse la jeune Leonor Izquierdo, dont la mort prématurée de tuberculose bouleverse à jamais son œuvre et sa vie. Témoin sincère de la génération de 98 puis de la guerre civile, dont il dénonce les crimes après l'assassinat de son ami Federico García Lorca, il meurt en exil à Collioure, sur la côte française, en 1939, quelques jours à peine après avoir fui l'Espagne franquiste.
Biographie § 01 — le parcours
- Origines Né le 26 juillet 1875 à Séville, en Andalousie, fils du folkloriste andalou Antonio Machado Álvarez, dit « Demófilo », et frère du poète et dramaturge Manuel Machado, né un an avant lui, et du peintre José Machado, neveu également de l'écrivain romantique Agustín Durán.
- 1883 — Madrid S'installe à Madrid avec sa famille après une enfance passée à Séville, recevant son instruction à l'Institución Libre de Enseñanza, entre autres établissements madrilènes.
- 1899-1902 — Paris Se rend à Paris où il travaille comme traducteur, y rencontrant notamment Rubén Darío, expérience qui nourrit sa formation littéraire.
- 1903 — Soledades Publie son premier recueil de poésie, encore marqué par une esthétique moderniste.
- 1907 — Soria Devient professeur de français à Soria, petite ville de Castille, où il vit une existence provinciale et tranquille.
- 1909-1912 — Leonor Izquierdo Épouse Leonor Izquierdo, jeune fille de treize ans sa cadette, fille de son logeur à Soria, publiant en 1912 Champs de Castille, recueil qui marque un tournant décisif dans son œuvre, la même année où sa jeune épouse meurt de la tuberculose après seulement trois ans de mariage, drame qui le plonge dans un profond chagrin et le pousse à quitter Soria.
- Baeza puis Ségovie S'installe à Baeza, en Andalousie, puis à Ségovie, poursuivant sa carrière de professeur de français tout en continuant d'écrire, publiant en 1917 une édition augmentée de ses Poésies complètes.
- 1927 — l'Académie royale espagnole Est élu à cette institution, mais finit par abandonner la rédaction de son discours de réception ainsi que le poste, pour des raisons qui restent incertaines, s'installant ensuite à Madrid, où il enseigne le français, devenant l'une des figures représentatives de la génération de 98.
- 1936 — la guerre civile Voit éclater la guerre civile espagnole, abandonnant Madrid pour se réfugier avec sa mère et d'autres membres de sa famille à Rocafort puis à Barcelone, exécrant l'Espagne assassine qui a tué son compatriote Federico García Lorca, dont il écrit l'indignation dans un poème resté célèbre, « Le crime a eu lieu à Grenade ».
- 1939 — l'exil et la mort Entreprend, dans le flot de l'exode républicain espagnol, le chemin de l'exil, arrivant à Collioure, sur la côte catalane française, où il meurt le 22 février, sa mère mourant trois jours plus tard à peine, laissant dans la poche de son manteau un dernier vers inachevé.
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
Champs de Castille (1912) — Le meilleur point d'entrée : le recueil qui marque le tournant décisif de son œuvre.
Soledades (1903) — Son premier recueil, encore marqué par le modernisme.
Juan de Mairena — Sa prose apocryphe, réflexions d'un professeur imaginaire.
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Antonio Machado est l'un des plus grands poètes espagnols de son temps, aussi l'un des plus engagés dans la vie historique particulièrement troublée de sa nation, son œuvre portant la marque de l'évolution du monde intellectuel espagnol entre la défaite de 1898, la perte de Cuba et des Philippines, et la défaite de 1939, l'effondrement du régime républicain. Ses préoccupations esthétiques de jeunesse font peu à peu place aux considérations philosophiques et aux questions sociales, voire politiques, faisant de lui un témoin sincère de son temps, assuré d'une place importante dans l'histoire espagnole des lettres, des idées et des mentalités. Sa mort en exil à Collioure, symbole de la tragédie de toute une génération d'intellectuels espagnols, lui vaut depuis un hommage constant, de Louis Aragon, qui lui consacre un poème repris en chanson par Jean Ferrat, jusqu'aux nombreux lieux qui portent aujourd'hui son nom en Espagne.
Style § 04 — à quoi s'attendre
Une œuvre abondante, caractérisée par la simplicité et la précision du langage, qui évolue d'un modernisme initial vers une forme intime de symbolisme aux accents romantiques, le ton pastoral et bucolique du terroir castillan y côtoyant des déclarations amoureuses mélancoliques dans la tradition courtoise hispanique. Cette écriture, capable de se révolter et de hurler son désespoir face à la guerre civile qui engloutit son pays, raconte l'innommable avec une dignité poétique et réaliste, ses vers choisis laissant une trace mémorielle indélébile de la tragédie espagnole du XXe siècle. Pour un premier contact, Champs de Castille offre l'entrée la plus complète dans son œuvre, paysages de Castille et méditation sur l'Espagne mêlés à la douleur intime du deuil ; Proverbios y cantares permet d'aborder pleinement sa veine la plus concise, courtes maximes poétiques dont « Caminante, no hay camino » reste la plus célèbre.